Cannes 2018 : GUEULE D’ANGE / Critique

13-05-2018 - 11:32 - Par

Cannes 2018 : GUEULE D’ANGE

De Vanessa Filho. Sélection officielle, Un Certain Regard.

 

Synopsis officiel : Une jeune femme vit seule avec sa fille de huit ans. Une nuit, après une rencontre en boîte de nuit, la mère décide de partir, laissant son enfant livrée à elle-même…

 

Selon le Larousse, le pathos est « un style emphatique, d’un pathétisme affecté ». Le pathétisme étant, toujours selon le dictionnaire, « le caractère d’une situation propre à provoquer une grande émotion ». Et quoi de plus « émouvant », qu’une enfant de 8 ans, Elli, abandonnée par sa mère chez elle, poussée à boire de l’alcool, traumatisée par ses camarades de classe – jusqu’à être vue comme une prostituée par les garçons, on ne sait pas trop pourquoi, sans doute parce que ça doit penser comme ça, les garçons –, dont le seul recours sera de faire ami-ami avec Julio, un forain passionné de plongeon à grande hauteur qui a dû abandonner la compétition après une greffe du cœur ? Pour un seul film, ça fait beaucoup de malheurs et d’afflictions, au point que même le BIUTIFUL d’Iñárritu pourrait apparaître dans la retenue. Surlignant chacun de ses effets – dès la première scène, la réalisatrice illustre de manière un poil trop évidente l’inversion de rapport entre la mère et la fille – Vanessa Filho construit une galerie de personnages pathétiques dont seul surnage celui campé avec justesse par Alban Lenoir, dont on ne sait pas trop comment il se dépêtre de cette galère. Et pathétique pourrait presque faire office d’euphémisme tant GUEULE D’ANGE charge la mule sur Marlène, le personnage de Marion Cotillard, white trash bimbo qui rythme sa vie par les sorties en boîte, les bitures, les clopes, les journées de glande devant la télé réalité et, pour couronner le tout, le cul le cul le cul – jusqu’à tromper son nouveau mari le jour de leur union, dans les coulisses de la salle des fêtes. Qu’il puisse exister de telles personnes importe peu : les manières dont Filho l’écrit et dont Marion Cotillard l’interprète sonnent irrémédiablement fausses, superficielles et poussives. Cette jeune femme n’a rien d’un être humain dont GUEULE D’ANGE chercherait à explorer les fêlures et les défauts, elle n’est que le jouet manipulé d’une dramaturgie devant faire d’elle la méchante, la responsable des malheurs de sa fille, une sorte de vecteur à… pathos. Comment, dans ces conditions, avoir la moindre empathie ? Comment s’intéresser à des personnages dont on ne fait qu’effleurer l’identité ? Cela n’arrange sans doute rien que Vanessa Filho filme tout sur le même mode étouffant – une majorité de gros et très gros plans à la caméra portée, en 2.35 –, des moments de tragédie à ceux, plus lumineux, de la rencontre de Elli avec Julio, prouvant un manque de regard dérangeant pour un tel sujet.

De Vanessa Filho. Avec Marion Cotillard, Alban Lenoir, Ayline Aksoy-Etaix. France. 1h48. Sortie le 23 mai

 

 

 

 

 

 

 

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