Cannes 2018 : RAFIKI / Critique

09-05-2018 - 17:02 - Par

Cannes 2018 : RAFIKI

De Wanuri Kahiu. Sélection officielle, Un Certain Regard.

 

Synopsis officiel : À Nairobi, Kena et Ziki mènent deux vies de jeunes lycéennes bien différentes, mais cherchent chacune à leur façon à poursuivre leurs rêves. Leurs chemins se croisent en pleine campagne électorale au cours de laquelle s’affrontent leurs pères respectifs. Attirées l’une vers l’autre dans une société kenyane conservatrice, les deux jeunes femmes vont être contraintes de choisir entre amour et sécurité…

 

RAFIKI ne laisse aucun doute sur l’énergie qui l’habite. Elle jaillit de l’écran dès le générique, avec sa musique pop et ses courts instantanés de la vie quotidienne nairobienne. Pourtant, il serait réducteur de qualifier le deuxième long-métrage de Wanuri Kahiu uniquement par cette énergie communicative de la jeunesse. RAFIKI s’avère bien plus que cela, bien plus qu’un objet séduisant par sa fraîcheur et ses intentions exaltées. Bien plus que le détenteur du titre de « premier film kenyan sélectionné à Cannes ».

Une de ses plus grandes réussites réside d’ailleurs dans son universalité. Certes, Kahiu filme le quotidien d’un quartier de Nairobi sans jamais essayer d’en gommer les spécificités. Mais elle n’en fait pas cas pour autant : une évidence naît de ces décors et de ces personnages, ils s’imposent au spectateur sans s’expliquer. Sans doute parce que les deux protagonistes, Kena et Ziki, sont subtilement interprétées par Samantha Mugatsia et Sheila Munyiva. Mais aussi parce que Wanuri Kahiu fait preuve d’une grande maîtrise formelle. La photographie laisse exploser une multitude de couleurs sans inutilement sur-styliser : à l’écran, RAFIKI garde même un certain naturalisme. Ce chatoiement esthétique porte toute la première partie, qui se déploie également avec une grande intelligence narrative.

Le récit, bien que ramassé et dégraissé de toute digression, prend néanmoins son temps pour exposer ses enjeux et ses personnages, en cela bien aidé par la manière, remarquable, dont Kahiu use du Scope. Le 2.35 se révèle idéal pour cette épopée des sentiments, pour l’ampleur de la passion qui se joue, pour illustrer, sans les verbaliser, les aspirations de ces jeunes femmes qui refusent d’être ce que la société attend d’elles qu’elles soient. Qui veulent être bien plus que ça. De même, le Scope raconte subtilement Kena, en l’isolant à la marge du cadre pour mieux traduire sa discrétion, son isolement, ses craintes. La rencontre avec Ziki, puis la naissance des sentiments, Kahiu les filme avec une sensualité douce et délicate.

Bien sûr, on aurait aimé que cette sérénité merveilleuse à regarder dure, que l’on reste sur cette beauté simple et pure. Mais comment cela pourrait-il être possible quand on connaît les menaces qui pèsent sur la communauté LGBTQ ? Quand on sait que certains pays font encore peser des peines de prison ou de mort sur elle ? Quand on sait que RAFIKI lui-même a été interdit dans son pays par les autorités kenyanes et que sa réalisatrice risque l’emprisonnement à son retour de Cannes ? Alors oui, peut-être que la seconde partie de RAFIKI, dans ses élans tragiques, se fait parfois plus attendu, moins libre d’être pleinement ce qu’il veut être. Mais tout le talent de Manuri Kahiu est de ne pas s’en satisfaire, de préférer insuffler, même dans la détresse, l’espoir plus que le découragement. « Faisons un pacte, dit Kena à Ziki au milieu du film. On ne ressemblera jamais à tous les autres. À la place, on sera quelque chose de vrai. » Vrai, voilà qui définit bien RAFIKI.

De Wanuri Kahiu. Avec Samantha Mugatsia, Sheila Munyiva, Dennis Musyoka. Kenya. 1h22. Prochainement

 

 

 

 

 

 

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