Cannes 2018 : WOMAN AT WAR / Critique

12-05-2018 - 13:40 - Par

Cannes 2018 : WOMAN AT WAR

De Benedikt Erligsson. Semaine de la Critique, Compétition.

 

Synopsis officiel : Halla, la cinquantaine, déclare la guerre à l’industrie locale de l’aluminium, qui défigure son pays. Elle prend tous les risques pour protéger les Hautes Terres d’Islande… Mais la situation pourrait changer avec l’arrivée inattendue d’une petite orpheline dans sa vie…

 

Dans l’immensité des paysages islandais, alors que la ligne d’horizon est sabotée par de disgracieuses lignes à haute tension, une femme manie l’arc et la flèche puis, à la seule force de sa motivation et de ses maigres outils, tranche les câbles électriques. On ne pourra pas reprocher au réalisateur Benedikt Erlingsson de ne pas savoir soigner ses entrées. La première scène de WOMAN AT WAR, acte de vandalisme militant suivi d’une poursuite en pleine nature, intrigue autant qu’elle captive, assurant une sympathie quasi immédiate du spectateur pour Halla (génialement campée par Halldóra Geirharðsdóttir), sorte d’Ellen Ripley de l’écologie. La nature et ses lois sont ainsi de nouveau au centre du cinéma d’Erlingsson, qui avait déjà abordé ces problématiques dans son précédent long, DES CHEVAUX ET DES HOMMES. Mais, contrairement à ce dernier, WOMAN AT WAR joue davantage la carte d’une narration classique et linéaire, aux enjeux clairement établis. Parfois trop clairement. Dialogues trop écrits et didactiques, scènes de reportages télé trop signifiants, running gag lourdaud (les arrestations à répétition d’un touriste) : WOMAN AT WAR peine à se faire confiance et affiche une nette tendance à tout surligner qui, dans le dernier acte, mène même à un rebondissement trop énorme et pratique pour convaincre. Pourtant, ces évidentes lacunes qui empêchent WOMAN AT WAR de s’envoler ne privent pas le spectateur de tout plaisir. Car, si l’intrigue se fait trop mécanique et roublarde, elle n’en perd bizarrement pas son efficacité. Collé aux colères communicatives et aux sentiments complexes de Halla (qui ménage ses engagements et son envie de devenir mère), WOMAN AT WAR se fait tout de suite plus intéressant dans les non-dits, volontaires ou involontaires, que cache sa mise en scène. Rigide voire immobile dès lors qu’elle évolue dans un cadre urbain ou clos, la caméra se fait plus fluide et emballée en pleine nature. Là, dans les vallons verdoyants des pâturages islandais, la réalisation d’Erlingsson se libère, avec ses cadres bien pensés et ses compositions remarquablement travaillées. De fonctionnelle à inspirée : la disparité de mise en scène en dit long sur Halla, sur ce qui intéresse Erlingsson et sur le cœur idéologique même du récit. Une idée simple qui, à elle seule, porte le film et permet à sa passionaria écolo de ne jamais totalement désintéresser.

De Benedikt Erligsson. Avec Halldóra Geirharðsdóttir, Davíð Þór Jónsson, Magnús Trygvason. Islande. 1h41. Prochainement

 

 

 

 

 

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