DRAGONS 3 – LE MONDE CACHÉ : chronique

02-01-2019 - 21:06 - Par

DRAGONS 3 - LE MONDE CACHÉ : chronique

Les Vikings tentent d’échapper à un terrible chasseur de dragons au service de cruels seigneurs de guerre. DRAGONS 3 propose une expérience de cinéma riche en spectacle et en émotions dévastatrices. Un classique instantané.

 

« Il y avait des dragons quand j’étais enfant » : la toute première phrase du tout premier tome de la série de livres « Harold et les dragons » de Cressida Cowell laissait filtrer l’idée de fin, que tout devait un jour se conclure. Ces quelques mots à la résonance mélancolique reviennent aujourd’hui en tête car après trois films – adaptations très libres –, trois actes comme autant de rites de passage, voici venu le temps de dire au revoir à Harold, Krokmou, aux Vikings et à leurs dragons : LE MONDE CACHÉ est une conclusion aux films comme aux séries télé dérivées.

L’idée de boucle régit en partie cet ultime volet. La séquence introductive remixe ainsi celle qui au départ devait être celle de DRAGONS 2 puis condense en quelques minutes tout ce qui a fait le succès de la saga. Enjouée et spectaculaire, elle est autant mue par sa virtuosité technique et la capacité de DeBlois à iconiser chaque image, que par l’attachement viscéral du public aux personnages. Et pourtant, DRAGONS 3 n’est pas tout à fait le même que ses aînés : le fameux « This Is Berk », traditionnel speech de Harold, n’est pas ici déclamé en voix-off mais par le jeune chef viking en direct, dans un dialogue diégétique. Maintes fois au cours du film, et sans que ça ne parasite le récit, DeBlois cite les deux précédents volets de cette manière : il en reprend des plans, des éléments ou des scènes iconiques pour les rejouer sur une note inédite, pour effectuer des décalages tantôt subtils tantôt brutaux, des renvois mélancoliques qui transpercent le cœur. Ces pas de côté positionnent DRAGONS 3 autant dans la continuité que dans une inévitable évolution.

Rares sont les films capables d’imposer à leur dramaturgie un tel sentiment d’inéluctabilité, comme si Dean DeBlois rappelait à chaque plan, à chaque scène, que le statu quo ne dure qu’un temps. Tout comme il doit conclure son œuvre et tourner une page de sa carrière pour en écrire une autre, chaque individu est un jour rattrapé par le temps, par la nécessité de changer et d’évoluer, d’affronter son identité, ses peurs, ses deuils. Comme le figure un sublime flashback, chaque mort transforme le monde de celles et ceux qui restent. Combien de films – et de surcroît de films animés destinés en partie à un jeune public – sont capables d’une telle gravité ? Riche d’intentions, de thématiques, d’intrigues, d’humour, de psychologie de personnages, peut-être trop, DRAGONS 3 se hâte et pousse les murs, engoncé dans un récit de 94 minutes trop serré pour l’ampleur de son récit et de ses sentiments. C’est peut-être là son défaut : on aimerait que cette aventure dure, s’étire, qu’elle prenne le temps de respirer davantage, qu’elle nous laisse en profiter plus, qu’elle nous donne la chance de nous plonger encore un peu dans ces regards ahurissants de profondeur de Krokmou. Mais non… Il ne reste donc au spectateur qu’une option : à l’instar de Harold lors de son premier vol sur le dos de Krokmou, il doit se laisser porter, rivé à son siège. Il se retrouve alors écrasé par le poids de la dramaturgie ; par la grandeur des sentiments de Harold pour Krokmou et des Vikings pour leurs dragons ; par l’ignominie politique incarnée par le chasseur de dragons Grimmel ; par l’inventivité de la mise en scène et de ces compositions rarement vues en animation ; par la splendeur de scènes musicales dignes d’un cinéma classique perdu. Par la puissance dévastatrice des émotions, qui sondent avec infinie tristesse et grande intelligence ce qui ronge nos sociétés. « Le monde ne te mérite pas », dit Harold à Krokmou. On serait tenté de dire la même chose de DRAGONS 3.

De Dean DeBlois. Avec les voix originales de Jay Baruchel, America Ferrera, F. Murray Abraham, Cate Blanchett, Jonah Hill, Kristen Wiig… États-Unis. 1h34. Sortie le 6 février

5EtoilesRouges

 

 

 

 

Pub
 
 

Les commentaires sont fermés.