Cannes 2019 : FRANKIE / Critique

21-05-2019 - 06:37 - Par

Cannes 2019 : FRANKIE

De Ira Sachs. Sélection officielle, Compétition.

 

Synopsis officiel : Frankie, célèbre actrice française, apprend qu’il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Elle décide de passer ses dernières vacances en famille à Sintra, au Portugal.

 

Filmer les choses de la vie, chères à Claude Sautet, n’est pas chose aisée. Et si Ira Sachs s’est fait une spécialité de décortiquer de manière naturaliste les rapports de couple et d’amitié dans son cinéma (de FORTY SHADES OF BLUE à BROOKLYN VILLAGE en passant par LOVE IS STRANGE), FRANKIE bute sur son incapacité à transcender sa quotidienneté et à bâtir la moindre sensation d’identification du spectateur. Pourtant, Sachs met en scène ici des personnages, des peines et des sentiments, tout ce qu’il y a de plus universels. Une mère malade, qui se sait condamnée, réunit sa famille et ses plus proches au Portugal pour un ultime séjour ensemble. Au fil des déambulations des uns et des autres autour et dans la maison de vacances, des rancœurs et des malentendus se font jour, des disputes éclatent, des coups de cœur se créent. FRANKIE ne parvient jamais à dépasser son postulat de départ ou les apparences fonctionnelles de ses personnages, à creuser de manière un peu inédite, avec personnalité et mordant, des paradigmes souvent déjà vus au cinéma ou à la télévision – on pense souvent à SIX FEET UNDER, à la défaveur de FRANKIE. Sans doute parce que l’écriture fait se succéder des confrontations attendues et des résolutions qui le sont tout autant. Si bien que FRANKIE pourrait par moment presqu’être une pièce de boulevard, sans la folie ni la farce. Peut-être est-ce le métier des personnages, sorte d’entre-soi, qui exclue ? Frankie est une grande actrice, une de ses amies est maquilleuse et le compagnon de celle-ci chef opérateur / réalisateur seconde équipe. Ce contexte n’est pas exploité au-delà de petites références amicales (à Noah Baumbach) ou de piques ironiques (à STAR WARS), n’apparaissant ainsi jamais vraiment utile : il ne suscite donc ni fascination ni mystère et encore moins de rejet. FRANKIE bute surtout sur sa mise en scène qui déroule inlassablement, séquence après séquence, la même idée – regrouper les personnages dans le cadre ou les séparer, selon les émotions qui animent les discussions. Le tout dans des compositions étrangement banales et statiques, baignées d’une lumière sans chair ni contraste. De ce calme plat esthétique et narratif, presque mécanique, émerge parfois des fulgurances de vie et notamment grâce au toujours impeccable Brendan Gleeson, mastodonte d’humanité. Mais FRANKIE, même quand il dégaine un superbe plan final, n’arrive jamais à rattraper le temps perdu.

De Ira Sachs. Avec Isabelle Huppert, Brendan Gleeson, Marisa Tomei. États-Unis. 1h38. Sortie le 28 août

 

 

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