Cannes 2019 : NINA WU / Critique

20-05-2019 - 20:31 - Par

Cannes 2019 : ZHUO REN MI MI

De Midi Z. Sélection officielle, Un Certain Regard.

 

Synopsis officiel (traduit) :  Après huit ans de galère, Nina Wu, comédienne, obtient enfin un premier rôle dans un thriller d’espionnage se déroulant dans les années 1960. Le projet est un défi, non seulement parce qu’il exige que Nina tourne nue dans des scènes de sexe explicites, mais aussi parce que le réalisateur est particulièrement dur avec elle. Mais l’industrie et la presse encensent le film. Alors qu’elle triomphe professionnellement, l’esprit de Nina, lui, se fissure. Elle retourne dans sa famille afin de gérer divers drames personnels. Là, elle est assaillie de peurs paranoïaques concernant une femme qui la traque et l’attaque…

 

Après avoir déjà joué dans quatre de ses longs et deux de ses courts-métrages, la comédienne Wu Ke-Xi retrouve le réalisateur Midi Z pour NINA WU. À la différence notable que, cette fois, elle officie également en tant que scénariste. Une première pour l’actrice et un défi relevé haut la main. NINA WU, comme le suggère son titre et la très immersive première scène (un plan subjectif dans un tunnel de métro puis des images de Nina sur le quai et dans la rue), entend mener le spectateur à pénétrer dans la psyché, tourmentée, de sa protagoniste. Comédienne galérant à tourner dans des pubs et des courts, gagnant sa vie grâce à un tchat vidéo, Nina décroche bientôt l’audition pour le rôle principal d’un film qui pourrait changer sa carrière. « On me donne enfin ma chance ! », s’enthousiasme-t-elle. Mais est-ce vraiment une chance ? Pur produit de l’ère #MeToo, NINA WU dépeint les humiliations, les violences morales et physiques, l’instrumentalisation du corps féminin, les regards concupiscents et ces exigences requises uniquement des femmes qui, si elles ne sont pas satisfaites, font immédiatement d’une actrice une pleurnicheuse ou une incapable. Bien que le film trouve une certaine efficacité dans certaines références (gêne et rigolade quand le nom de Luc Besson vient à être cité ; un étranglement renvoie à Tarantino), NINA WU ne se borne absolument pas à une exploitation fictionnelle putassière de faits divers plus ou moins réels. Absolument pas opportuniste, il propose une véritable expérience de cinéma, qui ne donne que plus de richesse et de sincérité à son propos. Par son écriture élusive, Wu Ke-Xi invite à un voyage étrange au côté d’une femme qui, écrasée par le poids de sacrifices non consentis, se fissure devant nous, scène après scène – sa prestation est à ce titre d’une justesse assez affolante. Tirant parfaitement partie du 2.35, Midi Z scrute les réactions de Nina et l’environnement écrasant qui l’entoure dans de splendides, lents et longs, travelling avant et arrière, comme pour mieux entrer dans l’esprit de son personnage ou mieux prendre du recul sur ce qu’elle traverse. Le design sonore, particulièrement soigné, tout en nappes enveloppantes et bruits bizarres, devient quant à lui la manifestation concrète des pressions qui se jouent, puis des fêlures dans la confiance et l’esprit de Nina. Lorgnant par moments vers le cinéma manipulateur, à la fois charnel et mental, de Brian de Palma, NINA WU danse merveilleusement sur une ligne mystérieuse entre réel et irréel, peur et parano, naturalisme et genre, allant jusqu’à de véritables incursions d’horreur. On en regretterait presque que le dernier acte lève totalement le voile sur les mystères qui entourent Nina si la conclusion ne revêtait pas, dans cette observation crue de la vérité, une puissance indéniable.

De Midi Z. Avec Wu Ke-Xi, Vivian Sung, Kimi Hsia. Taïwan. 1h42. Prochainement

 

 

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