Cannes 2019 : DOGS DON’T WEAR PANTS / Critique

21-05-2019 - 15:02 - Par

Cannes 2019 : DOGS DON’T WEAR PANTS

De Jukka-Pekka Valkeapää. Quinzaine des Réalisateurs.

 

Synopsis officiel :Juha a perdu son épouse, victime d’une noyade. Des années plus tard, incapable de surmonter cette tragédie, il vit replié sur lui-même. Sa rencontre avec Mona, une dominatrice, va modifier le cours de son existence.

 

Juha a perdu sa femme, il y a plus de dix ans, et mène désormais une vie de vieux garçon, au côté de sa fille adolescente. À peine se branle-t-il, le visage enfoui dans les robes abandonnées de son épouse, dont il renifle sans cesse le parfum. Ce n’est jamais explicite mais ça brûle dans les yeux plombés de tristesse de Pekka Strang, interprète sublimement banal de Juha. Il aime sa fille plus que tout et c’est pour ça qu’il l’accompagne au salon de tatouage se faire percer la langue, signe faiblard d’une vague crise d’adolescence. Au sous-sol du salon, il découvre un mannequin bondage et alors qu’il va toucher du doigt le skaï moulant de la panoplie, s’abat sur sa main dans un ralenti d’un lyrisme époustouflant la cravache d’une dominatrice. Le départ est donné : la guérison de Juha peut commencer.
C’est un film d’une profonde tristesse que propose d’abord le réalisateur finlandais J-P Valkeapää. Difficile de ne pas être bouleversé à chaque fois que Juha intime à sa dominatrice Mona de lui faire tutoyer la mort, où il pourra revoir sa femme. Son désespoir touche soudain Mona, qui va tenter de l’accompagner dans son deuil tout en se retenant de sombrer à son tour. C’est le seul et unique défaut du film, si Juha est un personnage limpide de son écriture à son interprétation, Mona est elle beaucoup plus opaque. Difficile d’avoir les clés de son dévouement au SM. Bien qu’elle « n’aime pas l’ordinaire », il doit y avoir plus pour qu’elle s’adonne à des pratiques si extrêmes, mais cette psychologie n’est jamais vraiment à notre portée. Il nous reste à sonder ses yeux embués d’émotion pour imaginer un passé, une solitude.
DOGS DON’T WEAR PANTS cherche moins à être sulfureux que profondément sentimental. Il a le goût du coquin, du cuir, mais toujours à des fins d’études émotionnelles et de rédemption. C’est d’ailleurs ce qui empêche la jeune fille de Juha de s’inquiéter de trop pour son père, qui porte des marques visibles de son parcours doloriste : il est en vie plus qu’il ne l’a jamais été depuis qu’il est veuf. Car il est clair que si Juha voulait mourir noyé sous le latex, crever d’humiliation, il découvre un monde de fantasques du plaisir qui l’intrigue et maintient chez lui le désir d’exister. J-P Valkeapää s’attache à la pudeur, avec son utilisation récurrente et intelligente des flous et du décadrage. DOGS DON’T WEAR PANTS est visuellement ultra sophistiqué (néons, cuir, magnifiques plans de nuit…), jamais lubrique, jamais racoleur. Et s’affirme comme l’histoire coquine d’une amitié entre un homme et une femme qui s’épanouissent en marge d’une « normalité » sexuelle et renaissent à chaque coup de cravache. Bouleversant.

De Jukka-Pekka Valkeapää. Avec Ester Geislerová, Ilona Huhta, Jani Volanen. Finlande. 1h45. Prochainement

 

 

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