Cannes 2019 : LA CORDILLÈRE DES SONGES / Critique

24-05-2019 - 21:26 - Par

Cannes 2019 : LA CORDILLÈRE DES SONGES

De Patricio Guzmán. Sélection officielle, Séance spéciale.

 

Synopsis officiel : Au Chili, quand le soleil se lève, il a dû gravir des collines, des parois, des sommets avant d’atteindre la dernière pierre des Andes. Dans mon pays, la cordillère est partout mais pour les Chiliens, c’est une terre inconnue. Après être allé au nord pour Nostalgie de la lumière et au sud pour Le bouton de nacre, j’ai voulu filmer de près cette immense colonne vertébrale pour en dévoiler les mystères, révélateurs puissants de l’histoire passée et récente du Chili.

 

Hanté. Cela fait maintenant 46 ans que Patricio Guzmán est hanté par le putsch de Pinochet, la mort d’Allende et le départ précipité de son pays. 46 ans que celui qui filma en direct ce coup d’état violent, retravaille sans cesse cette matière qu’est le Chili. Sous des angles toujours différents, il cherche à donner du sens à ce qui restera le déchirement de sa vie. Avec LA CORDILLÈRE DES SONGES, le cinéaste de 77 ans termine sa trilogie débutée par LA NOSTALGIE DE LA LUMIERE et LE BOUTON DE NACRE, et rentre sur un terrain très personnel. Il raconte en voix-off ses souvenirs, ses regrets avec comme image récurrente, celle de cette chaîne de volcans que l’on ne voit plus car elle fait partie du paysage. Pourtant cette sculpture géante de la nature, qui protège autant qu’elle isole le Chili, stoïque, est bien présente et elle observe. Elle est la véritable mémoire de ce territoire allongé. Patricio Guzmán glisse ainsi vers cette question du souvenir et de la nécessité de l’entretenir. À travers des interviews, tous, artistes, vulcanologues, écrivains, racontent leur cordillère. Quand soudain surgit Pablo Salas. Il est l’incarnation humaine du pouvoir de mémoire de ces montagnes et s’avère être le parfait pendant du réalisateur, qui imagine ainsi en creux ce que lui même aurait pu devenir. Documentariste, il n’a pas quitté le Chili en 1973 et n’a pas arrêté depuis de filmer. Tout. Tous les mouvements politiques et citoyens, filmer la dictature pour avoir des preuves, pour que l’on comprenne que cela s’est réellement passé et surtout que l’on n’oublie pas. En basculant vers les images d’archives, Guzmán montre qu’une résistance a été possible mais aussi à quel point cette séquence de l’Histoire a définitivement gangrené un pays qui n’arrive pas à s’en relever. Selon lui et Pablo Salas, si le règne de Pinochet a bien pris fin en 1990, ce qu’il a amené avec lui, et notamment l’ultra-libéralisme, est toujours présent. Et implanté profondément, au point que plus personne ne soit capable de se rebeller. C’est là où le film dépasse largement les frontières du Chili pour rejoindre d’autres films de la sélection cannoise telles que SORRY WE MISSED YOU de Ken Loach, LES MISÉRABLES de Ladj Ly ou même PARASITE de Bong Joon Ho. Tous affichent ce même constat d’impuissance face à un système qui exclut, divise et écrase. Et il en tire une injonction aussi vitale que désespérée : le Chili est triste, il doit retrouver son enfance et sa joie. Comme Patricio visiblement, et comme nous tous.

De Patricio Guzmán. Documentaire. Chili/France. 1h25. Sortie le 30 octobre

 

 

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