Dossier preview / L’ÉTRANGE POUVOIR DE NORMAN : Pimp my witch !

21-08-2012 - 17:00 - Par

Laika, le studio d’animation qui a donné vie à CORALINE, vous présente Norman. Avec ses oreilles décollées et son sweat zippé, il a un sixième sens : voir des gens qui sont morts. Et si c’était lui, le héros de 2012 ?

Dossier publié dans Cinemateaser Magazine n°13 d’avril 2012 

Une limace qui s’extirpe de la narine d’une poupée. Un ours en peluche presque pourri qui crache des papillons de nuit. Le carrelage des waters qui ondule. Du PQ vivant qui écartèle un jeune garçon. C’est Norman (pas normal). Il est extralucide et dialogue tranquillou avec l’au-delà. Il a deux esgourdes à tomber et il fait la collec’ des posters de vieux films d’horreur genre Hammer. Même pas peur ! Lorsqu’on nous le présente, c’est à l’occasion d’un premier teaser, débarqué en ligne en novembre dernier. Les images sont montées sur « Season of the Witch » de Donovan, un morceau de rock psychédélique sorti en 1966 qui fleure bon le LSD. « Oh, nooooon ! Ça doit être la saison de la sorcière ! Ça doit être la saison de la sorcière, yeah ! Ça doit être la saison de la sorcière… » Tout le monde sait que la drogue, ce n’est ni bon pour la santé, ni légal, mais ce simili- clip est alors la vidéo la plus cool du moment. Norman est donc notre nouveau BFF, l’apôtre du bon goût. Or, c’est plutôt un petit loser, nous raconte Laika, le studio responsable de sa création. À force de vivre dans son monde paranormal, le prépubère – surprotégé par sa mère – ne s’est pas fait que des amis. Il est même devenu le souffre-douleur de l’école. Blithe Hollow est une petite ville. Non seulement, une sorcière y fut pendue 300 ans auparavant (c’est la légende), mais elle est habitée par de petits morveux, du kepon un peu con au capitaine de l’équipe de foot pas fute-fute, qui maltraitent notre mini-me. Pourtant, Norman va devoir assurer : cette année, il lui faudra contrer la résurrection des morts-vivants. « C’est l’histoire d’une bande de gamins qui ne sont pas censés traîner ensemble, et qui vont enquêter sur des faits paranormaux : une de nos inspirations, c’est SCOOBY-DOO. » Peter Dunne, porte-parole de Laika, sait flatter nos oreilles. Et lorsqu’il vient nous présenter une bonne demi-heure d’images à Paris, en février, L’ÉTRANGE POUVOIR DE NORMAN (ou PARANORMAN en V.O.) est déjà l’un de nos films préférés de l’année, en toute mauvaise foi. En plus, il a un atout de taille, qui donne une étincelle de merveilleux au cinéma : Norman est une marionnette, il est filmé image par image et il est l’héritier du presque chef-d’œuvre CORALINE.

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WHO YOU GONNA CALL ?

C’est donc en stop-motion que Norman est né. La même technique utilisée par – entre autres – Tim Burton et Henry Selick pour L’ÉTRANGE NOËL DE MONSIEUR JACK, par Henry Selick (tout seul) pour CORALINE ou encore par Tim Burton (tout seul) pour LES NOCES FUNÈBRES ou l’imminent FRANKENWEENIE. On va vous la faire courte sur la technique : décors, personnages, accessoires sont modélisés en miniature (l’échelle est variable) et articulés à l’envi. Chaque scène est « jouée » par ces marionnettes, photographiées à intervalles réguliers. Les images sont assemblées à l’instar d’un flip book. Bref, c’est le principe même du cinéma, avec ses 24 photogrammes/seconde, qu’on revisite à l’ancienne, « image par image » donc. Un travail de titan, minutieux, un procédé artisanal au résultat généralement bluffant. Mais vous remarquerez que le médium, de prime abord ludique voire enfantin, se prête tout particulièrement aux histoires morbides. Pour info, le kid de FRANKENWEENIE va ressusciter son chien façon puzzle comme chez Mary Shelley. Quant à CORALINE, basé sur un roman de Neil Gaiman, il ne visait pas non plus la cible Happy Meal : la jeune fille se rendait compte qu’on avait remplacé ses parents par deux poupées vivantes épouvantables et que son quotidien, fait de petites contrariétés mais d’amour, s’était transformé en une sorte de cirque hystérique. De quoi traumatiser n’importe quel mioche. Et les zombies de L’ÉTRANGE POUVOIR… alors ? C’est du OUI-OUI ? « Ce n’est pas plus sombre que CORALINE, expliquait le coréalisateur Chris Butler au site TheFilmStage, il y a quelques semaines. Le film d’Henry Selick était plus dark, parce qu’il traitait de thèmes comme la disparition de vos parents. L’ÉTRANGE POUVOIR DE NORMAN a son côté noir. Mais contrairement à CORALINE, c’est une comédie. » Une comédie familiale pour être exact, inspirée des hits qui ont fait les beaux jours de toute une génération. La nôtre, et aussi celle des deux trublions derrière cette nouvelle création Laika, Chris Butler (storyboarder artist sur CORALINE et LES NOCES FUNÈBRES) et Sam Fell (metteur en scène de SOURIS CITY). Tout comme Peter Dunne, ils citent LES GOONIES ou GHOSTBUSTERS pour le ton de leur film, et POLTERGEIST pour mettre les foies. « Tout part de l’envie de faire un film de zombies pour les enfants, précise Butler, également scénariste de l’animation. Je crois que nous sommes parvenus à ce que John Hughes rencontre John Carpenter. C’était notre volonté. » Et effectivement, cette ambition de combiner le teen movie et le pur flippant s’écarte du genre romantico-frankensteinien du « maître-étalon » Burton… bientôt déchu ?

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C’EST HYPE, C’EST NJUT !

Visuellement, les deux réalisateurs ont en effet tenu à se départir de l’imagerie gothique des précédentes animations stop-motion. Et à recréer un univers hautement familier aux trentenaires nostalgiques : la sacrosainte banlieue américaine de base, canonisée par les productions Amblin. « Notre décor, c’est une petite ville décrépite des États-Unis, explique Sam Fell. Au lieu de construire de magnifiques mini-chaises gothiques, nous construisons des objets plus discrets, des trucs qui pourraient se vendre chez Ikea. C’est marrant de miniaturiser le vrai monde. » Mais, nous explique Peter Dunne, la réplique n’est pas si fidèle et l’équipe a pris le parti de déjanter la réalité : aucun angle droit dans l’architecture et le moins d’éléments rectilignes possible. Le trait se veut biscornu et les quelques extraits présentés étaient particulièrement racés. Il faut peut-être remercier aussi le production designer, Nelson Lowry, ayant déjà officié sur FANTASTIC MR. FOX. La seule animation jamais réalisée par Wes Anderson portait la trace surannée des animations tchèques (elles aussi basées sur les marionnettes) des années 40-60. Sans surfer sur le même passéisme, L’ÉTRANGE POUVOIR DE NORMAN rend un hommage décomplexé à une certaine culture de cinéclubs et son charme désuet. C’est alors la 3D qui souffle un vent moderne sur cette production Laika. Le studio avait déjà compris le bénéfice du procédé à l’occasion de CORALINE : les textures, les profondeurs de champs, prenaient une autre dimension et le relief transcendait l’artisanat et les contraintes spatiales du stop-motion. Rajoutez les avancées numériques – indispensables à la postproduction d’un tel film – qui ont eu cours depuis 2009, rajoutez aussi les spectres, les apparitions en tout genre, particulièrement propices à la 3D, et vous comprendrez à quel point le rendu de L’ÉTRANGE POUVOIR rivalise avec ses confrères en CGI, hautement technologiques. Reste quatre mois à l’équipe de Laika pour les surpasser. En août, le tube psychédélique de Donovan laissera la place à la bande-son du compositeur Jon Brion. Producteur de Fiona Apple, Rufus Wainwright, feu Elliott Smith et même Kanye West, le songwriter a signé les scores de MAGNOLIA, ETERNAL SUNSHINE OF A SPOTLESS MIND ou encore VERY BAD COPS. « Ça fait longtemps que j’attends de pouvoir travailler sur la bonne animation, commente l’intéressé. En plus, les gens chez Laika y ont mis tellement de cœur…  » Du cœur, oui, une grosse dose d’humour avec et beaucoup de zombies. C’est ce qu’on appelle la promesse d’un cinéma fantastique.

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