Cannes 2013 : AS I LAY DYING / Critique

20-05-2013 - 18:40 - Par

De James Franco. Sélection officielle, Un Certain Regard.


Synopsis (officiel) : Après le décès d’Addie Bundren, son mari et ses cinq enfants entament un long périple à travers le Mississippi pour accompagner la dépouille jusqu’à sa dernière demeure.
Anse, le père, et leurs enfants Cash, Darl, Jewel, Dewey Dell et le plus jeune, Vardaman, quittent leur ferme sur une charrette où ils ont placé le cercueil. Chacun d’eux, profondément affecté, vit la mort d’Addie à sa façon. Leur voyage jusqu’à Jefferson, la ville natale de la défunte, sera rempli d’épreuves, imposées par la nature ou le destin. Mais pour ce qu’il reste de cette famille, rien ne sera plus dangereux que les tourments et les blessures secrètes que chacun porte au plus profond de lui… Réalisé par James Franco, acteur nommé à l’Oscar, sur un scénario qu’il a lui-même écrit avec Matt Rager, AS I LAY DYING est l’adaptation de Tandis que j’agonise, un classique du roman américain écrit en 1930 par William Faulkner.

Fort d’une filmographie de réalisateur faite de nombreux courts, documentaires et autres longs-métrages confidentiels, James Franco se présente pour la première fois en sélection officielle à Cannes après avoir fait un passage à la Semaine de la Critique en 2010 pour THE CLERK’S TALE. Avec AS I LAY DYING, il livre son projet le plus grand public sur le papier, puisqu’il s’attaque à l’adaptation d’un des chefs-d’œuvre de William Faulkner, le roman « Tandis que j’agonise ». L’exécution, elle, s’avère bien moins accessible que prévue. Franco opte en effet pour un traitement quasi expérimental, basé entièrement sur l’utilisation du split screen. Un procédé souvent galvaudé que l’acteur / réalisateur utilise, lui, à bon escient. Le split screen lui permet de jouer avec la temporalité de la narration – en juxtaposant flashforwards et flashbacks à l’écran, par exemple –, de multiplier les divers points de vue sur une même action et ainsi, d’offrir au spectateur une expérience se rapprochant au plus près de celle de la lecture d’un roman. Qui, en parcourant un livre, ne s’est pas attardé davantage sur une phrase que sur une autre, n’a pas relu tel paragraphe, avant de passer plus rapidement sur d’autres ? Ce rythme lancinant, ces hésitations, ces allers-retours qui font le sel de la lecture – active, là où le cinéma demeure un spectacle plus passif –, James Franco les retranscrit ainsi avec brio, créant un voyage plutôt inédit, envoûtant et parfois déstabilisant. Il va même jusqu’à respecter à la lettre l’un des hauts faits du style de Faulkner et de « Tandis que j’agonise », le monologue intérieur. Des pensées généralement non adressées directement au public / lecteur, mais que Franco filme pourtant en regard caméra, renforçant ainsi l’étrangeté de ces tirades et poussant le spectateur dans un rôle de voyeur de l’intimité. Cette ambiance délétère, que Franco étire parfois jusqu’à un malaise étourdissant – on pense à ces nappes de sons stridents –, s’avère autant la force de AS I LAY DYING que son talon d’Achille. Car à force d’observer sans compromission cette famille rongée par la haine, les secrets, l’incompréhension, le péché ou la vilénie, Franco finit par sombrer dans un certain pathos privant toute empathie. AS I LAY DYING n’y perd en rien de son intérêt stylistique, et la puissance de son regard désenchanté sur une Amérique rurale laissée à l’abandon demeure intacte. Mais ce film souvent mal aimable peine du coup à susciter le moindre élan sincère d’émotion.

De James Franco. Avec Jim Parrack, Ahna O’Reilly, James Franco. États-Unis. 1h50. Prochainement

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