Cannes 2014 : JIMMY’S HALL / Critique

22-05-2014 - 10:20 - Par

De Ken Loach. Sélection officielle, en compétition


Synopsis officiel : 1932 – Après un exil de 10 ans aux États-Unis, Jimmy Gralton rentre au pays pour aider sa mère à s’occuper de la ferme familiale. L’Irlande qu’il retrouve, une dizaine d’années après la guerre civile, s’est dotée d’un nouveau gouvernement. Tous les espoirs sont permis… Suite aux sollicitations des jeunes du Comté de Leitrim, Jimmy, malgré sa réticence à provoquer ses vieux ennemis comme l’Eglise ou les propriétaires terriens, décide de rouvrir le « Hall », un foyer ouvert à tous où l’on se retrouve pour danser, étudier, ou discuter. À nouveau, le succès est immédiat. Mais l’influence grandissante de Jimmy et ses idées progressistes ne sont toujours pas du goût de tout le monde au village. Les tensions refont surface.

Huit ans après avoir gagné une Palme d’Or (ô combien méritée) pour le très politique et non moins déchirant LE VENT SE LÈVE, Ken Loach retourne en Irlande et réalise JIMMY’S HALL, spin-off thématique. « L’histoire se déroule dix ans plus tard exactement, et à un moment donné dans LE VENT SE LÈVE, un propriétaire terrien anglo-irlandais déclare : ‘Ce pays va devenir un trou perdu, infesté de prêtres’ et il se trouve que c’est ce qui s’est passé. Depuis, le combat n’a jamais cessé. Désormais, l’Église a perdu beaucoup de crédit en raison des scandales mais à l’époque où se déroule le film, le pouvoir de l’Église et des prêtres était incontestable et déterminait qui, au sein de la communauté, réussirait sa vie. » La contextualisation offerte par Ken Loach dans le dossier de presse est une mince contribution à la clarté de JIMMY’S HALL. Le réalisateur nous jette littéralement dans son film, difficile à appréhender pour qui maîtrise mal l’histoire de l’Irlande. On arguera que JIMMY’S HALL n’est pas un cours de politique et que sa dimension humaine et intime est plus importante. Pas faux : même si le destin de Jimmy Gralton est intrinsèquement lié au contexte politique de l’époque, il suffit de quelques notions pour comprendre qui est cet étrange héros. De gauche et progressiste, ce bel homme devient la bête noire d’un pays ployant sous la religion. L’Église combat tous ceux qui pourraient se substituer à elle en matière d’éducation, et quand Jimmy, longtemps émigré aux États-Unis, revient au pays comme une promesse de liberté et rouvre le centre culturel du comté de Leitrim, les réflexes des élites locales resurgissent : « Je crois que [le centre de Jimmy] est l’incarnation d’un esprit frondeur, explique Loach, qu’il s’agit d’un espace où les idées peuvent être mises à l’épreuve et exprimées, où la poésie, la musique et le sport trouvent tous leur place… » Jimmy inspire les gens et leur apprend l’immensité d’un monde qui va bien au-delà des préceptes bibliques. Et c’est le caractère sacerdotal de sa mission qui intéresse réellement Ken Loach. Car il est le reflet du combat – souvent perdu d’avance – des classes ouvrières en temps de dépression économique (ici, celle consécutive à la crise de 1929), quand les idéaux de gauche n’ont plus le droit de cité et que les religions s’affirment comme des valeurs refuges. On reconnaît bien là la pugnacité sociale du réalisateur. Mais JIMMY’S HALL n’est jamais à la hauteur de son ambition humaniste et se révèle être un film fait de saynètes – aussi percutantes puissent-elles être parfois –, hélas sans l’ampleur de son aîné « palmedorisé ».

De Ken Loach. Avec Barry Ward, Simone Kirby, Jim Norton. Grande Bretagne. 1h46. Sortie le 2 juillet



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