Cannes 2015 : MOUNTAINS MAY DEPART / Critique

20-05-2015 - 07:39 - Par

De Jia Zhang-ke. Sélection officielle, En Compétition.

Pitch : Chine, fin 1999. Tao, une jeune  fille de Fenyang est courtisée par ses deux amis d’enfance, Zang et Liang. Zang, propriétaire d’une station-service, se destine à un avenir prometteur tandis que Liang travaille dans une mine de charbon. Le cœur entre les deux hommes, Tao va devoir faire un choix qui scellera le reste de sa vie et de celle de son futur fils, Dollar. Sur un quart de siècle, entre une Chine en profonde mutation et l’Australie comme promesse d’une vie meilleure, les espoirs, les amours et les désillusions de ces personnages face à leur destin.

On l’avait quitté féroce et furieux avec un film à sketchs virulent et virtuose (A TOUCH OF SIN). Jia Zhangke revient aujourd’hui sur la Croisette pour nous pulvériser le cœur. MOUTAINS MAY DEPART est un immense mélodrame, un récit ample et minutieux sur le choix d’une vie. Comme à son habitude, le réalisateur chinois mélange les tonalités. L’intime se mêle au comique, le politique aux sentiments, le drame à la tradition. Divisé en trois parties, trois périodes de temps précises, le film obéit à une règle simple mais diablement efficace du mélodrame : le temps détruit et révèle tout. Pour accentuer les ruptures brutales qui parsèment la vie des trois personnages principaux, Jia Zhangke joue avec le format du cadre (carré puis Scope) et s’autorise même une échappée australienne finale. Pourtant malgré ce travail de morcellement, redoublé par des jeux d’inserts et des incursions documentaires chères à son oeuvre, le film tient le cap et son spectateur. Chaque segment a son énergie propre, comme un micro drame à l’intérieur du grand mélodrame, tout cela relié par une même chanson, lancinante et bouleversante. Jia Zhangke aime le mélo, l’assume et n’a pas peur d’aller dans les envolées lacrymales nécessaires au genre. Une jeune fille perdue entre deux amis, une mère qui voit son fils s’éloigner, un jeune homme qui voudrait savoir qui il est, tout cela n’a rien de nouveau. Pourtant, la manière dont le cinéaste orchestre ces récits, les imbrique dans le contexte socio-politique et économique de la Chine moderne pour mieux revenir à des questions universelles de remords, de doutes et de regret, donne au film une allure de futur classique. Romantique et insouciant dans sa première partie, dramatique et appuyé dans la seconde, solaire et apaisé dans la dernière, MOUTAINS MAY DEPART est un film monde, un film somme plein de chagrins, aussi politique qu’universel.

De Jia Zhang-ke. Avec Tao Zhao, Yi Zhang, Jingdong Liang. Chine. 2h. Sortie le 9 décembre

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