Cannes 2016 : PATERSON / Critique

16-05-2016 - 10:08 - Par

Cannes 2016 : PATERSON

De Jim Jarmusch. Sélection officielle, En Compétition.

Synopsis (officiel) : Paterson vit à Paterson, New Jersey, cette ville des poètes – de William Carlos Williams à Allan Ginsberg – aujourd’hui en décrépitude. Chauffeur de bus d’une trentaine d’années, il mène une vie réglée aux côtés de Laura, qui multiplie projets et expériences avec enthousiasme et de Marvin, bouledogue anglais.  Chaque jour, Paterson écrit des poèmes sur un carnet secret qui ne le quitte pas…

On avait quitté Jim Jarmusch sur ONLY LOVERS LEFT ALIVE, dont le récit vampirique lui avait notamment servi à livrer un pamphlet à charge contre la société du divertissement, le délire de célébrité et la manière dont l’Homme a tout pourri – dont l’Art et la culture. À bien des égards, ONLY LOVERS LEFT ALIVE semblait amer, presque aigri. C’est donc avec une joie immense que l’on renoue avec Jarmusch via PATERSON, tant ce nouveau long-métrage apparaît apaisé, doux, tendrement mélancolique. Le propos lui, reste similaire : à Paterson, petite ville du New Jersey à l’héritage culturel très fort, tout le monde semble vouloir être un artiste ou un érudit. Tout le monde souhaite s’exprimer publiquement, tout le monde déborde de rêves de grandeur ou de réussite, quitte à avoir l’air de papillonner d’intention en ambition. Tout le monde sauf Paterson – campé par un Adam Driver bouleversant de simplicité. Lui, ex-militaire qu’on imagine héros de guerre et néo-chauffeur de bus – oui, Adam Driver incarne un bus driver, blague méta s’il en est – écrit des poèmes qui ne riment pas, dans son carnet de note secret. Sa compagne, la fofolle Laura (Golshifteh Farahani, peut-être un poil sur-écrite et sur-dirigée) l’exhorte à dévoiler ses œuvres au monde mais lui hésite, rechigne. Paterson est ordinaire et s’en accommode très bien. Ce personnage, qui refuse tous les excès et tous les élans névrotiques de l’époque, est le cœur palpitant de PATERSON – le film – et Paterson, la ville. Paterson, garçon qui porte le nom de sa cité, est un homme-monde dont les détails intimes trouvent des échos et des résonances partout dans son univers, chez ses congénères. Il aime d’ailleurs observer autrui, écouter ses concitoyens, il se nourrit d’eux. Pas comme les vampires d’ONLY LOVERS LEFT ALIVE, mais comme un être profondément impliqué dans le tissu social, dans un lien humain source d’expériences et d’apprentissage. Si bien que cet homme-monde apparaît comme une source intarissable d’identification – tout comme son chien et ses émotions très visibles, commentateur presque plus humain que certains hommes. Le plus touchant dans PATERSON est sa manière de décaler la réalité d’un pas de côté, comme si le récit se déroulait dans un monde parallèle au nôtre, légèrement plus doucereux ou absurde. S’en dégage une étrangeté assez captivante et émouvante – à tel point que si Jarmusch avait poussé légèrement le curseur vers le fantastique, PATERSON aurait fait un magnifique épisode classique de LA QUATRIÈME DIMENSION. Moins tonitruant, vindicatif ou ouvertement conceptuel que certains autres Jim Jarmusch, PATERSON pourrait apparaître plus anodin. C’est tout le contraire : en détonant avec douceur du monde qui nous entoure, PATERSON a la beauté de sa sobriété et l’élégance de sa langueur. Mieux : d’heure en heure, il vieillit merveilleusement bien en tête.

De Jim Jarmusch. Avec Adam Driver, Golshifteh Farahani, Kara Hayward. États-Unis. Prochainement

 

 

 

 

Source Vidéos : The Playlist

 

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