Cannes 2018 : LE POIRIER SAUVAGE / Critique

19-05-2018 - 12:37 - Par

Cannes 2018 : LE POIRIER SAUVAGE

De Nuri Bilge Ceylan. Sélection officielle, Compétition.

 

Synopsis officiel : Passionné de littérature, Sinan a toujours voulu être écrivain. De retour dans son village natal d’Anatolie, il met toute son énergie à trouver l’argent nécessaire pour être publié, mais les dettes de son père finissent par le rattraper…

 

« Tout ce qui est beau est en proie à la rupture », entend-on dans LE POIRIER SAUVAGE. Le nouveau film de Nuri Bilge Ceylan se plie à cette règle car, contrairement à Lee Chang-dong dans BURNING, le cinéaste turc, à force d’étirer son récit (3h08), finit par le distendre. Pire, il semblerait qu’il bégaie, tant la mécanique narrative utilisée ici apparaît calquée sur celle de son précédent long, récompensé de la Palme d’Or en 2014, WINTER SLEEP. Ainsi, au-delà de quelques scènes quotidiennes caractérisant les personnages et leurs relations, la narration présente une succession de longues séquences dialoguées, très écrites, balayant une foule de sujets divers – ici, l’Art, la tradition et la religion, notamment. Tout comme dans WINTER SLEEP, Ceylan étire les séquences jusqu’à donner la sensation qu’elles pourraient durer à l’infini. Malheureusement, elles n’ont pas toutes la même force – voire la même rigueur de mise en scène : si l’on admire le long dialogue entre l’aspirant romancier Sinan et un écrivain local plus connu, ou encore celle entre Sinan et une jeune femme dont il était amoureux au lycée, d’autres peinent à pleinement convaincre. Notamment parce qu’il est virtuellement impossible pour le spectateur de réellement digérer ce qui se dit – à l’instar de la très longue discussion de Sinan avec deux Imams sur la religion. « Laisse tomber, c’est trop complexe » dit même l’un des deux religieux, mettant le doigt sur la limite du POIRIER SAUVAGE. Bien sûr, rien ne force aucun film à viser l’accessibilité. Et le caractère érudit ou aliénant d’une œuvre n’a rien d’un défaut. Pourtant, dans ses atours de film pour khâgneux aimant compulser des encyclopédies de socio, philo et théolo, LE POIRIER SAUVAGE finit par diluer son propos le plus touchant et marquant : les relations entre générations – et principalement entre les pères et les fils, les femmes jouant ici un rôle malheureusement très secondaire -, les rancœurs qui rongent, les admirations et l’amour qui s’ignorent ou qu’on tait par pudeur, la nécessaire remise en question des aînés par les plus jeunes… Un pan du film qui pourrait se circonscrire à 90 minutes – dont la dernière demi-heure, très belle – et dont la force se voit malheureusement atténuée, ou escamotée, par les disputes et les débats à répétition. Ou quand le plus est l’ennemi du bien.

De Nuri Bilge Ceylan. Avec Dogu Demirkol, Ahmet Rifat Sungar, Serkan Keskin. Turquie. 3h08. Sortie le 15 août

 

 

 

 

 

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