Cannes 2018 : LES CONFINS DU MONDE / Critique

10-05-2018 - 21:53 - Par

Cannes 2018 : LES CONFINS DU MONDE

De Guillaume Nicloux. Quinzaine des Réalisateurs.

 

Synopsis officiel : Indochine, 1945. Robert Tassen, jeune militaire français, est le seul survivant d’un massacre dans lequel son frère a péri sous ses yeux. Aveuglé par sa vengeance, Robert s’engage dans une quête solitaire et secrète à la recherche des assassins. Mais sa rencontre avec Maï, une jeune Indochinoise, va bouleverser ses croyances.

 

Le cinéma français contemporain se voit souvent reprocher, à juste titre, de ne pas savoir ou de ne pas oser traiter de l’Histoire du pays – d’autant plus lorsqu’elle a trait à ses zones d’ombre. Se déroulant durant le conflit d’Indochine sur quelques mois de l’année 1945, LES CONFINS DU MONDE de Guillaume Nicloux tente de s’y atteler en suivant le parcours d’un jeune soldat, Robert Tassen, en quête de vengeance après que son frère a été assassiné par les forces rebelles vietnamiennes. À travers lui, ce sont autant des questionnements intimes sur la mort et le deuil (deux thèmes chers aux films récents du réalisateur) que la barbarie du conflit – et par ricochet toute une pensée colonialiste – que le film entend explorer. Très vite, l’intime prend le pas sur le global, le protagoniste sur l’Histoire et la politique. Et ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle.

D’un côté, on ne peut qu’admirer le travail esthétique effectué par Nicloux : le tout premier plan du film, extrêmement stylisé, se révèle aussi mystérieux que menaçant. La lumière, splendide, les jeux sur les textures et sur le son, dans leur manière immersive de restituer la vie dans la jungle, rendent l’expérience charnelle et sensorielle. C’est en revanche sur l’écriture que LES CONFINS DU MONDE pèche. Hautement antipathique, Tassen (au demeurant plutôt bien interprété par Gaspard Ulliel) peine à susciter l’empathie. Sa quête de vengeance peine même à exister émotionnellement. Sans doute parce qu’à l’écran, elle n’est alimentée que par la mise en avant des exactions commises par les forces vietnamiennes tandis que celles du camp français restent bizarrement hors champ. Peut-être qu’une illustration moins exclusive du conflit aurait permis aux sentiments de Robert d’apparaître plus humains et moins guerriers.

En l’état le film, dans sa tentative d’être une sorte d’APOCALYPSE NOW élégiaque, apparaît trop souvent gênant voire franchement limité dans son virilisme. La manière dont il traite Cavagna, collègue de Tassen excellemment bien campé par un Guillaume Gouix impeccable, se révèle même dérangeante. Plombé par cette écriture erratique et sentencieuse où les personnages semblent les pantins de la dramaturgie, LES CONFINS DU MONDE finit par n’être qu’une succession de scènes redondantes usant parfois lourdement d’effets gore, de nudité et de sexualité. Autant de scories qui l’empêchent de n’être bien plus qu’une curieuse anomalie dans le paysage cinématographique français.

De Guillaume Nicloux. Avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Lang-Khê Tran. France. 1h43. Prochainement

 

 

 

 

 

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