TYRANNOSAUR : chronique

25-04-2012 - 14:00 - Par

L’acteur Paddy Considine passe derrière la caméra et dévoile son tout premier long-métrage : une histoire d’amour entre deux écorchés. Ça sent les viscères et, pour un coup d’essai, c’est un véritable coup de maître.

La Grande-Bretagne recèle d’un tas d’acteurs exceptionnels dont certains, estimant avoir des choses à transmettre, passent derrière la caméra – pour trois francs six sous généralement. Ce fut le cas de Peter Mullan (THE MAGDALENE SISTERS, NEDS). Ce sera prochainement celui d’Eddie Marsan (PELL MELL, relecture du « Richard III » de Shakespeare). Coïncidence : les deux sont réunis dans le premier film de Paddy Considine (vu dans IN AMERICA ou DEAD MAN’S SHOES), le prodigieux TYRANNOSAUR. Fort d’une certaine solidarité au sein de la scène britannique, le néo-réal’ a réquisitionné ses deux amis Mullan et Marsan, ainsi qu’Olivia Colman, et les a traînés dans la boue d’une banlieue de Glasgow. C’est le morne décor d’une rencontre improbable entre Hannah, commerçante contrite, dont la foi en Dieu anime chaque timide sourire, et Joseph, alcoolique et violent. Un jour, après une altercation avec des Pakistanais (Joseph ne lésine pas sur les propos racistes, accessoirement), il se réfugie dans l’échoppe d’Hannah, qui se met à prier pour lui. Chacun, plus en colère encore qu’il n’en a l’air, va apprendre à se connaître et à protéger l’autre… Elle le préservera de lui-même, il la défendra d’un mari abusif. Une grande histoire ne tient parfois à rien : il aura suffi à Paddy Considine de tisser des liens entre deux animaux acculés, dont le rapport à la vie est totalement perverti par la souffrance, pour réaliser un grand film sur le besoin, humain et viscéral, de contact. Pas forcément d’amour, d’ailleurs, mais de tendresse et de compassion. Il faut voir Mullan (le pilier du film) et Colman (la révélation) ne pas se toucher pendant près d’une heure pour comprendre l’importance de la première étreinte. D’aucuns pourraient accuser TYRANNOSAUR de se complaire dans un misérabilisme accablant, mais la pauvreté sentimentale n’est que le point de départ du film et pas son contexte. Ce qui le rend noble, pas crasse. Il n’y a pas de mal à donner de l’importance à des personnages a priori peu aimables, pour peu qu’on les ait construits d’une manière si riche et pour peu, encore, qu’on les mène vers la rédemption. Comme le veut la tradition du film anglais, ça sent un peu le houblon, la sueur et le coup de poing dans la rate mais, de TYRANNOSAUR, émanent davantage une douleur bestiale et une indulgence envers la pensée antisociale – si elle sert la survie de l’espèce. Et ce que Paddy Considine a à dire nous hante longtemps après le générique, comme une gueule de bois lancinante. Pour sa première fois, le réalisateur nous bouleverse avec sa tragédie optimiste. On espère vraiment que ce ne soit pas la dernière.

De Paddy Considine. Avec Peter Mullan, Olivia Colman, Eddie Marsan. Grande-Bretagne. 1h31. Sortie le 25 avril

Note de la rédaction : 4,5 sur 5





 
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