Cannes 2012 : SUR LA ROUTE / Critique

23-05-2012 - 12:00 - Par

De Walter Salles. Sélection officielle, en compétition


Synopsis : « Au lendemain de la mort de son père, Sal Paradise, apprenti écrivain new-yorkais, rencontre Dean Moriarty, jeune ex-taulard au charme ravageur, marié à la très libre et très séduisante Marylou. Entre Sal et Dean, l’entente est immédiate et fusionnelle. Décidés à ne pas se laisser enfermer dans une vie trop étriquée, les deux amis rompent leurs attaches et prennent la route avec Marylou. Assoiffés de liberté, les trois jeunes gens partent à la rencontre du monde, des autres et d’eux-mêmes. »

Attendue depuis environ 40 ans – depuis que Francis Ford Coppola acheta les droits du roman en 1968 –, l’adaptation de « Sur la Route » de Jack Kerouac, ne déshonore pas son modèle. Cette première remarque peut paraître tiède, c’est même un non-argument… Mais ce n’était pas gagné d’avance. Comment porter à l’écran ce grand voyage initiatique, introspectif et halluciné, écrit par l’une des plumes les plus fines que l’Amérique ait portées ? Difficile exercice auquel s’est attelé Walter Salles (CARNETS DE VOYAGE). Difficile mais pas insurmontable : SUR LA ROUTE recolle les morceaux d’une narration diffuse, au détriment de la langueur et de la perte de repère qui faisaient le sel du roman, mais pour le bien de son média, le cinéma. Il n’a logiquement pas le pouvoir d’évasion et d’imagination qui portait l’œuvre de Kerouac, mais il supplée cette carence par une mise en scène ample et une photo sublime. Il manque d’un certain élan ? Sam Riley et Garrett Hedlund, dont les prestations semblent parfois désincarnées, étincellent à de rares moments d’une passion habitée, bien que tout le mérite revienne à Kristen Stewart, qui porte, lumineuse, un personnage bien mystérieux. Paradoxalement, SUR LA ROUTE n’embrasse pas la totale liberté formelle qu’aurait pu générer « Sur la route » et il peut paraître diablement sage. Dans les clous. Ainsi, on se prend à fantasmer ce qu’aurait pu être le même long-métrage, fait 30 plus tôt, par le Coppola d’APOCALYPSE NOW, qui n’avait peur d’aucun défi formel, d’aucun thème abordé, d’aucun challenge lancé à ses acteurs. Mais cela reste tellement facile à dire. Tellement injuste de multiplier les allers retours avec le roman et pointer du doigt les criantes différences entre ce chef d’œuvre de la littérature et cette production, sporadiquement audacieuse, calibrée pour le consensus. En tant que film, SUR LA ROUTE est joliment aérien, romanesque et entraînant, narré par une voix off discrète. Il rend honneur à la Beat Generation et la critique avec une mélancolie délicate… Comme Kerouac le faisait dans le roman. On y revient toujours. C’est un récit, rentré dans l’Histoire, toujours plus important à lire qu’à regarder.

De Walter Salles. Avec Garrett Hedlund, Sam Riley, Kristen Stewart. USA. 2h20. Sortie le 23 mai



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