Cannes 2012 : ELEFANTE BLANCO / Critique

21-05-2012 - 22:40 - Par

De Pablo Trapero. Sélection officielle, Un Certain Regard.


Synopsis : Le « bidonville de la Vierge » dans la banlieue de Buenos Aires.
Julian et Nicolas, deux prêtres et amis de longue date, œuvrent pour aider la population. Julian se sert de ses relations politiques pour superviser la construction d’un hôpital. Nicolas le rejoint après l’échec d’un projet qu’il menait dans la jungle, où des forces paramilitaires ont assassiné les habitants. Profondément choqué, il trouve un peu de réconfort auprès de Luciana, une jeune assistante sociale, athée et séduisante. Alors que la foi de Nicolas s’ébranle, les tensions et la violence entre les cartels dans le bidonville augmentent. Quand le ministère ordonne l’arrêt des travaux de l’hôpital, c’est l’étincelle qui met le feu aux poudres.

« Les bidonvilles – ou les favelas, comme on les appelle dans d’autres pays – représentent l’exclusion sociale sous toutes ses formes. On y trouve presque une organisation parallèle accueillant tous ceux qui, d’un manière ou d’une autre, tentent d’intégrer le système. (…) Un film qui présente des prêtres engagés parle en fait de personnes engagées. ELEFANTE BLANCO nous donne à voir des gens qui se battent au quotidien pour essayer de changer les choses, au moins dans ces quartiers. » Voilà comment Pablo Trapero (CARANCHO) présente son film dans les pages du dossier de presse. Ces « gens », ce sont Julian (Ricardo Darin, toujours aussi épatant) et Nicolas (Jérémie Rénier), deux prêtres, dont le second vient de vivre un terrible revers en Amazonie. Ainsi que Luciana (Martina Gusman), assistante sociale. L’Elefante Blanco en question, c’est ce grand immeuble en ruine trônant en banlieue de Buenos Aires, un jour destiné à être le plus grand hôpital d’Amérique du Sud, mais les régimes politiques successifs n’ont jamais vraiment lancé la construction. Autour, les plus pauvres se sont installés dans des conditions sanitaires déplorables et la drogue a tout envahi. Que peut faire l’Église contre ça ? Même s’il est évident que sa présence apaise le climat, il nous paraît aussi clair que selon Trapero – et peut-être inconsciemment – elle n’est pas plus forte que la politique. Face à la misère, elle reste au final aussi impuissante que ceux qui se battent sans foi, car elle est composée d’hommes corruptibles et tentés, et face auxquels les dévots se démènent. En atteste le personnage de Nicolas (Rénier, d’une sensibilité rare) dont le combat intérieur pour mériter l’amour de Dieu lui confère une rage presque politique. Mais comment sauver concrètement autrui lorsqu’on est sans cesse rappelé à sa condition de mortel ? Pour nos trois protagonistes, ce n’est pas faute d’être perpétuellement dans l’action, toujours en mouvement, toujours à l’écoute et c’est même de la sorte que Trapero les montre pour la première fois au sein du bidonville : dans un long plan-séquence vif, enlevé, d’une chorégraphie parfaite – sa mise en scène est d’ailleurs la force du film. La bande-son, dévorante, chaotique, elle aussi est à la hauteur de la fervente énergie générale. Comble de tout, on a entendu certains spectateurs déplorer qu’ELEFANTE BLANCO soit solide de bout en bout, presque sans faille. Pire, on le pense peut-être un peu. C’est un film impeccablement construit, redoutablement bien écrit, aussi réflexif et enragé qu’il est magistral esthétiquement. C’est même définitivement le bon élève de la Croisette. Au risque d’être un poil calibré et peut-être sans grande surprise. Mais en aucun cas, on ne boudera le plaisir de voir un film presque parfait.

De Pablo Trapero. Avec Ricardo Darin, Jérémie Renier, Martina Gusman. Argentine. 2h. Prochainement







 
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