PIÉGÉE : chronique

11-07-2012 - 11:32 - Par

Oubliez la testostérone. Grâce à Steven Soderbergh et Gina Carano, l’actioner carbure enfin à l’œstrogène. 

Steven Soderbergh ne fait rien comme les autres. Lorsqu’il décide de diriger son premier film d’action, se tourne-t-il vers les stars du genre ? Non. Il engage Gina Carano, ex-championne de MMA, pour tataner ces messieurs. Alors forcément, PIÉGÉE aurait pu user uniquement du sexe de son personnage principal pour marquer sa différence. Mais Soderbergh prouve qu’en dépit de son hyper activité et de quelques faux pas paresseux (oui, OCEAN’S, c’est toi qu’on vise), il en a encore sous la semelle. Avoir une spécialiste du free fight en actrice principale lui permet ainsi de déroger à une règle omnisciente du cinéma d’action actuel : filmer en plans rapprochés, ultra découpés et syncopés. Grâce aux capacités impressionnantes de Carano, et à l’implication quasi masochiste de ses stars masculines, Soderbergh livre un actioner comme on en voit désormais trop peu, dont les moments de bravoure sont captés en plans larges, spatialisés avec simplicité et montés avec sobriété. Une démarche payante, qui offre à PIÉGÉE l’opportunité de ne pas sombrer dans la débauche d’action pour exister, et de développer un véritable récit, où l’importance des personnages – leurs émotions, leurs états d’âme – prime sur les coups de boule qu’ils assènent. Aussi jouissifs et puissants soient-ils. Fort de ces parti-pris, Soderbergh assume son plaisir, et dirige PIÉGÉE comme L’ANGLAIS en son temps, avec force expérimentations visuelles et/ou narratives, afin de baigner le spectateur dans une expérience quasi sensorielle. Via des flashforwards, des flashbacks, un travail dantesque sur le son et la musique – on pense à la fusillade/course poursuite à Barcelone –, le réalisateur façonne ainsi un actioner à son image. Paradoxalement, c’est dans ces qualités que PIÉGÉE va aussi trouver ses défauts. À force de détours scénaristiques, Soderbergh perd parfois le fil de son intrigue. De même, à trop vouloir privilégier le réalisme lors de combats nécessairement courts, il prive presque PIÉGÉE de toute envolée, et perd en efficacité. Heureusement, la durée du film l’empêche de vagabonder sur les terres de l’ennui. Mais surtout, la présence magnétique de Gina Carano, d’une grâce et d’un talent confondants pour une débutante, emporte tout sur son passage. La raison d’être de PIÉGÉE, c’est elle : une révélation impossible à ignorer.

De Steven Soderbergh. Avec Gina Carano, Michael Fassbender, Ewan McGregor. États-Unis. 1h33. Sortie le 11 juillet

Note de la rédaction : 3,5/5





 
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