Cannes 2013 : BLOOD TIES / Critique

20-05-2013 - 17:00 - Par

De Guillaume Canet. Sélection officielle, hors compétition.

Synopsis (officiel) : New York, 1974. Chris, la cinquantaine, est libéré pour bonne conduite après plusieurs années de prison pour un règlement de compte meurtrier. Devant la prison, Frank, son jeune frère, un flic prometteur, est là, à contrecœur. Ce ne sont pas seulement des choix de « carrières » qui ont séparé Chris et Frank, mais bien des choix de vies et une rivalité depuis l’enfance. Leur père Léon, qui les a élevés seul, a toujours eu pour Chris une préférence affichée, malgré les casses, la prison… Pourtant, Frank espère que son frère a changé et veut lui donner sa chance : il le loge, lui trouve un travail, l’aide à renouer avec ses enfants et son ex-femme, Monica. Malgré ces tentatives, Chris est vite rattrapé par son passé et replonge. Pour Frank, c’est la dernière des trahisons, il ne fera plus rien pour Chris. Mais c’est déjà trop tard et le destin des deux frères restera lié à jamais.

Si MON IDOLE, plutôt malin, révélait en Guillaume Canet un réalisateur prometteur, son NE LE DIS À PERSONNE était porté par une narration impeccable mais une mise en scène totalement impersonnelle. C’était toujours plus tolérable que le manque cruel de fond et de forme qui plombait LES PETITS MOUCHOIRS. Mais pour son premier film en langue anglaise, il nous apparaît comme un cinéaste inspiré, associant au pouvoir de la belle image une histoire diablement émouvante – celle des LIENS DU SANG revisitée par ses soins et ceux de James Gray. Attention, le film n’est pas exempt de défauts. Galvanisé par son décor, le New York des années 70, notre Français se laisse aller à singer Scorsese dans des valses en plans séquences – un caméo de Griffin Dune (AFTER HOURS) vient parfaire l’écrasant hommage. Par moments encore, succombe-t-il à la bande-son « juke box », plaquant à chaque scène un tube emblématique de l’époque, de manière complètement erratique. Guillaume Canet serait-il un fanboy étouffé par le fantasme qu’il est littéralement en train de vivre en passant à l’ouest ? Il faut comprendre les débordements de son exaltation : Canet a dans les mains un scénario en or et a réuni une distribution affolante. Jusque dans les seconds rôles, pour lesquels il a embauché entre autres Noah Emmerich, Domenick Lombardozzi et John Ventimiglia, il assume son admiration du cinéma américain, sa curiosité du média série (Lombardozzi a joué dans THE WIRE, Ventimiglia dans LES SOPRANO), et son plaisir à confier de bons personnages à d’excellents acteurs qu’on ne voit jamais assez. Dans cette optique, c’est à Billy Crudup qu’il offre l’opportunité de camper l’un des deux protagonistes et, comme pour rendre la pareille, le comédien, au talent généralement sous-exploité, livre l’une de ses meilleures prestations depuis PRESQUE CÉLÈBRE. Alors qu’il incarne le frère flic, rongé par la culpabilité, contrit, et terriblement malheureux, son jeu est si intense qu’on ne peut qu’être accablé par la personnalité de cet homme désespérément accroché à sa morale. La performance de Crudup (quoi que le terme soit trop connoté de flamboyance par rapport à sa discrétion gracieuse) est l’atout majeur de la relation fraternelle contrariée qu’il entretient avec son aîné, campé par Clive Owen. Ce lien, Canet l’analyse au gré de séquences au pouvoir émotionnel immense, des repas de famille de Thanksgiving jusqu’aux barbecues dans le modeste jardin, en passant par les violentes confrontations qui voient les deux frères, l’un flic, l’autre voyou, devenir les pires ennemis. L’écriture de BLOOD TIES, qui bénéficie de manière évidente de l’expertise de James Gray, relève du travail d’orfèvre. Et à l’exception de Marion Cotillard, insipide dans le rôle d’une prostituée italienne, et d’une toute petite poignée d’acteurs cédant à la pire caricature du genre gangster, chaque comédien – on pense notamment à Zoe Saldana et Matthias Schoenaerts – y trouve du pain bénit pour une interprétation parfaitement juste. Il y a un élan romanesque qui emporte littéralement le récit et qui balaye presque tous les défauts d’un film encore soumis à de trop lourdes influences.

De Guillaume Canet. Avec Clive Owen, Billy Crudup, Mila Kunis, Zoe Saldana. France / Etats-Unis. 2h24. Sortie le 30 octobre.

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