Cannes 2015 : LES ÉLUES / Critique

19-05-2015 - 21:40 - Par

De David Pablos. Sélection officielle, Un Certain Regard.

Pitch : Sofia, 14 ans, est amoureuse d’Ulises. À cause de lui, et malgré lui, elle devient la proie d’un réseau de prostitution. Pour l’en sortir, Ulises devra lui trouver une remplaçante…

Le cinéma mexicain mis à l’honneur par Cannes est généralement roide, fixe, et dépassionné. On y fait généralement l’amour mécaniquement et dans la douleur. Et c’est dans la tentative de coït que LES ÉLUES démarre. Le sexe ne va pas être un sujet facile. Sofia, 14 ans, est vierge. Pour son copain Ulises, c’est aussi une première fois, mais pas la même. Lui, va étrenner la pratique masculine de la famille : draguer des filles, les séduire et les rendre amoureuses, les manipuler et les intégrer à un réseau de prostitution. Social et dur, LES ÉLUES pourrait être un cliché de film mexicano-cannois (pas si éloigné d’Amat Escalante ou d’un Reygadas dans ses jeunes heures) s’il n’était pas produit par Canana, la compagnie tenue par Gabriel Garcia Bernal et Diego Luna, déjà à l’origine du percutant MISS BALA, autre histoire d’exploitation de la femme. Alors qu’il était enfermé dans des plans statiques, ou que les translations de caméra étaient rigides plus que de raison, quelque chose de l’ordre de la grâce emmène LES ÉLUES ailleurs, vers une certaine puissance cinématographique. Alors que Sofia intègre la maison close et que ses passes sont filmées comme des sorties de corps, Ulises, amoureux, cherche à la faire libérer en lui trouvant une remplaçante. Du cercle vicieux qui régit l’existence de cette jeunesse et de ce moment crucial où elle peut décider de reprendre son destin en main, David Pablos tire un film à la structure implacable et à l’énergie colérique. Surtout, juste en montrant l’organisation parfaitement diabolique et extrêmement méthodique du crime régissant ce Mexique frontalier, le réalisateur n’a pas besoin de sur-exploiter la violence, ni d’user de grands discours politiques. Il préfère la simplicité d’un exemple circonscrit à un réseau, laisser au spectateur le soin de faire de ce cas une généralité. Mais l’engagement du public va plus loin, médusé qu’il est à regarder Ulises tenter de se débattre dans l’héritage familial morbide, tout en acceptant de devenir un monstre pour sauver la belle qu’il a lui-même mis en position de détresse. Dans LES ÉLUES, le Mexique est définitivement dans de sales draps.

De David Pablos. Avec Nancy Talamantes, Oscar Torres, José Santillá Cabuto. Mexique. 2h25. Prochainement

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