Cannes 2015 : MAD MAX FURY ROAD / Critique

14-05-2015 - 11:55 - Par

De George Miller. Sélection officielle, hors compétition.

Pitch : Hanté par un lourd passé, Mad Max (Tom Hardy) estime que le meilleur moyen de survivre est de rester seul. Cependant, il se retrouve embarqué par une bande qui parcourt le désert à bord d’un véhicule militaire piloté par l’Impératrice Furiosa (Charlize Theron). Ils fuient la Citadelle où sévit le terrible Immortan Joe (Hugh Keays-Byrne) qui s’est fait voler un objet irremplaçable. Enragé, ce Seigneur de guerre envoie ses hommes pour traquer les rebelles impitoyablement…

Trente ans après LE DÔME DU TONNERRE et après des années de production problématique puis d’attente, le quatrième opus de la saga MAD MAX se dévoile enfin et… débute sur un malentendu. À savoir un prégénérique tellement mal troussé qu’on en vient à craindre que la nouvelle folie de Max Rockatansky puisse être un long calvaire. Certes, même dans ces dix premières minutes, l’immense talent de George Miller affleure à quasiment chaque plan grâce à sa capacité à composer des cadres parfaits et viscéralement iconiques – Max, de dos, au côté de son Interceptor, au sommet d’une colline, regardant un horizon cramé par le soleil. Reste que le prégénérique de FURY ROAD fait peur. Très peur. La faute tout d’abord à une voix off sentencieuse pas toujours très fine voire franchement didactique, en forme de « Previously on Mad Max » (« Difficile de savoir qui est le plus fou. Moi. Ou tous les autres » / « Je suis un homme réduit à un seul instinct : survivre. »). La faute, surtout, à des accélérés hideux dignes d’un Benny Hill post-apo, qui tentent le burlesque – dans le sens grotesque et circacien du terme – alors que FURY ROAD, au final, ne contient pas une once d’humour ni même de second degré. Un paradoxe total puisque cette façon qu’a Miller de traiter son sujet et son univers avec un immense sérieux va au bout du compte faire décoller le film. Car après ce gros quart d’heure assez répulsif, FURY ROAD accumule les points gagnants comme Miller les images d’une grande puissance – des miséreux de la fin du monde vénérant une chute d’eau. Reposant sur une succession ahurissante d’idées et de plans incroyables, FURY ROAD arbore un découpage en forme de folie contrôlée. Le film a souvent été vendu sur l’argument un peu limité du « 100% réel, cascades en dur sans CGI » (on remarquera toutefois quelques incrustes assez crades notamment dans le dernier tiers). Alors qu’avec ou sans CGI, l’important demeure que le découpage de FURY ROAD est à lui seul un tel monstre de précision – source d’une énergie imparable – qu’il témoigne à lui seul du tour de force effectué par Miller. À mesure que les scènes s’enchaînent, certaines tombent à plat – la séquence en nuit américaine dans le bourbier – tandis que d’autres élèvent FURY ROAD, notamment en lui infusant de véritables émotions. Citons notamment celle du canyon, cadencée par un score splendide de Junkie XL (la musique diégétique s’avère en revanche souvent usante). C’est dans ces moments où Miller fixe ses personnages dans les yeux, leur laisse le temps de fondre leurs regards apeurés dans ceux de leurs camarades d’infortune, quand il fait de Max et Furiosa des êtres de chair mus par des valeurs, que FURY ROAD emballe le plus. D’autant que là, dans son exaltation de l’humain, le propos prend lui aussi de l’ampleur. FURY ROAD vit en effet d’une belle dynamique féministe : des femmes refusent d’être des objets, refusent d’enfanter des seigneurs de guerre, prennent les armes contre la folie du monde et des hommes et, ce faisant, deviennent les hérauts d’un message universel. Assumant clairement un certain mauvais goût – celui de beaucoup de grands cinéastes –, Miller s’accorde le droit de déraper, d’aller trop loin, de ne pas savoir s’arrêter à temps. Profondément touchant, ses élans, même contestables, renvoient à l’enthousiasme adolescent que ressent le spectateur. FURY ROAD n’a rien d’un film parfait. Mais devant tant de générosité, on ne peut qu’abdiquer. On ne peut que recevoir sans retenue ce que George Miller souhaite offrir. Et en profiter.

De George Miller. Avec Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult. Australie/Etats-Unis. 2h. Sortie le 14 mai 2015



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