Cannes 2017 : BRIGSBY BEAR / Critique

26-05-2017 - 13:28 - Par

Cannes 2017 : BRIGSBY BEAR

De Dave McCary. Semaine de la critique, séance spéciale (clôture)

Synopsis officiel : Les Aventures de Brigsby Bear est une émission télé pour enfants, produite pour un seul spectateur : James (Kyle Mooney). Quand elle s’arrête brusquement, la vie de James se trouve fortement chamboulée. Il se lance le défi de finir l’histoire par ses propres moyens et est confronté aux réalités d’un monde qui lui est totalement inconnu.

On s’écharpe, surtout au Festival de Cannes, pour savoir si le cinéma se vit chacun chez soi ou ensemble, dans une salle. BRIGSBY BEAR oppose un argument de poids : la fiction vibre d’être vue. L’expérience est collective dès lors qu’elle crée des communautés. Elle ne rend pas son spectateur moins seul parce qu’elle est regardée à plusieurs : elle est un remède à la solitude parce qu’elle réunit autour de ses héros et de ses thèmes, de parfaits inconnus, par la pensée. Ainsi James se sent terriblement isolé d’être le seul et unique fan de « Brigsby Bear », un show télé pour enfants. Il est non seulement le seul fan, il est surtout le seul spectateur. Car c’est son père qui lui fabrique chaque épisode, rien que pour lui. Enfin « père »… On devrait dire ravisseur. Ce que James prend pour une vie normale est en fait une vie volée par des pseudo-survivalistes qui l’ont kidnappé alors qu’il était nourrisson. Victime ignorant sa condition, il imagine que d’autres comme lui à travers le monde regardent religieusement ce show fauché et éducatif qu’est Brigsby Bear. Il discute avec des fans sur des forums (Internet est en fait un intranet ringard créé par ses parents), possède toutes les VHS, tous les produits dérivés. Quand la police le retrouve après 25 ans et le rend à ses parents biologiques, il découvre un monde qu’il ne connaît pas mais ce qui le choque bien davantage c’est que le monde ne connaît pas « Brigsby Bear ». Enfermé dans une solitude inédite et profonde, il s’isole d’autant plus de sa nouvelle famille. Mais encouragé par sa soudaine notoriété, il va, par le biais de sa nouvelle sœur et de ses amis, professer son amour de Brigsby Bear et décider de finir ce que son père ravisseur avait commencé : la grande histoire de Brigsby. Tout le monde peut-il réaliser un film ?, s’interroge-t-il quand il apprend que tous ces efforts ont été déployés rien que pour lui. Oui, lui rétorque son père biologique, pour clore le débat. James prend la réponse au pied de la lettre et va déclencher autour de lui une vague d’enthousiasme. La création, c’est du partage, de la communication. Et le réalisateur Dave McCary et le scénariste/interprète Kyle Mooney le savent bien : au SNL depuis 4 ans, ils fabriquent avec beaucoup de jugeote et peu de moyens, de quoi faire rire et réfléchir des millions d’Américains. Film hommage à tous ceux qui partagent leurs histoires mais aussi à tous ceux qui ont la curiosité de les écouter, BRIGSBY BEAR est une magnifique lettre d’amour au cinéma, concoctée également par les Lonely Island et Phil Lord et Chris Miller, des producteurs assez friands du DIY et généreux en divertissement. Certes, c’est du Sundance au pied de la lettre (c’est un peu absurde, un peu tendre, un peu tire-larmes), ça pique un peu à l’esprit de bric et de broc de Gondry et la mise en scène est ô combien oubliable… mais sa vocation à réveiller notre faculté d’émerveillement, c’est aussi tout ce qu’on demande au cinéma.

De Dave McCary. Avec Kyle Mooney, Claire Danes, Mark Hamill. Etats-Unis. 1h37. Prochainement

 

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