Cannes 2017 : A CIAMBRA / Critique

20-05-2017 - 09:12 - Par

Cannes 2017 : A CIAMBRA

De Jonas Carpignano. Quinzaine des Réalisateurs.

Synopsis officiel : Pio a 14 ans et veut grandir vite. Comme son grand frère Cosimo, il boit, fume et apprend l’art des petites arnaques de la rue. Et le jour où Cosimo n’est plus en mesure de veiller sur la famille, Pio va devoir prendre sa place. Mais ce rôle trop lourd pour lui va vite le dépasser et le mettre face à un choix déchirant.

Deux ans après avoir été révélé à la Semaine de la Critique avec son premier long MEDITERRANEA – une exploration humaine de la crise des migrants -, le jeune cinéaste italien Jonas Carpignano revient à Cannes, cette fois à la Quinzaine des Réalisateurs, pour son deuxième film, A CIAMBRA, coming of age âpre d’un jeune Rom vivant dans le Sud de l’Italie. Deux films dérivés de deux de ses courts-métrages, signe que le cinéaste aime à creuser et épanouir son univers. Tout comme dans MEDITERRANEA, Carpignano accroche immédiatement le spectateur avec l’urgence de sa réalisation. Sa caméra portée et intimiste, davantage concentrée à capter la profondeur des regards que l’environnement de ses personnages, agit autant comme un vecteur oppressant de claustrophobie – Pio se débat avec le poids de la tradition et du lien du sang – que comme porte ouverte bienveillante sur les états d’âme du jeune héros. Un socio-réalisme à mi-chemin de celui, heurté, de ROSETTA des Dardenne et de celui, plus élégiaque, de SWEET SIXTEEN de Ken Loach. Pourtant, ce n’est pas tant dans cette démarche quasi documentariste, profondément centrée sur la quotidienneté de l’humain, que A CIAMBRA marque le plus. Carpignano, bien que très assuré dans son storytelling, est sans doute encore un peu vert pour croire suffisamment en ses élans romanesques. Or, c’est justement dans ses moments d’errements poétiques, ses scènes fugaces de rêverie que A CIAMBRA touche et atteint son plein potentiel. Lorsque Carpignano insuffle à son socio-réalisme la juste dose d’imaginaire – l’apparition d’un fantôme comme symbole d’un passé révolu, celle d’un cheval à la noblesse fascinante et écrasante – ou qu’il laisse la superbe partition de Dan Romer « romancer » son récit, A CIAMBRA dévoile pleinement son indéniable et très prometteur talent. Il faut sans doute se frotter au réalisme et au prosaïque pour pouvoir lâcher prise. On ne peut qu’avoir hâte de voir Carpignano atteindre les sommets, plus épiques et romanesques, qui lui semblent promis.

De Jonas Carpignano. Avec Damiano Amato, Iolanda Amato, Koudous Seihon. 2h. Prochainement

 

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