Cannes 2018 : CAPHARNAÜM / Critique

18-05-2018 - 22:15 - Par

Cannes 2018 : CAPHARNAÜM

De Nadine Labaki. Sélection officielle, Compétition.

 

Synopsis officiel :

INT. TRIBUNAL

ZAIN, un garçon de 12 ans est présenté devant le JUGE.

Le Juge : « Pourquoi attaquez-vous vos parents  en justice ? »

Zain : « Pour m’avoir donné la vie »

 

En s’offrant le rôle, à l’écran, de l’avocate du petit Zain au procès qu’il intente à ses parents, Nadine Labaki annonce clairement ses ambitions : avec l’enfant, elle va demander au juge de condamner « ceux qui ne devraient pas avoir d’enfants ». Problématique intention autour de l’eugénisme social, toute morale dehors, et qui laisse présager un film « en colère », aveuglément passionné, au chevet de toute la misère du monde. Pendant deux heures, la réalisatrice tartine le parcours de Zain de malheurs, sacrifiant la fiction (et soyons francs, le cinéma) sur l’autel du réalisme et de l’engagement. CAPHARNAÜM porte bien son nom. Amoncellement sans raisonnement ou sans récit de péripéties glauques, le film parle, en vrac, de mariage forcé avec des mineurs (contre des poules), de fillettes qui meurent d’être enceintes, d’esclavage des migrants, de commerce de bébés, de misère humaine, au point que cela en devient difficilement tolérable. À la quatrième torgnole que Zain se prend de son père, on claquerait bien son strapontin. Motivé par l’espoir qu’un producteur ait exigé du film un peu de tenue (spoiler : non), on a pourtant tenu la distance entière (grosso modo ça doit faire une bonne vingtaine de torgnoles et autant de menaces de mort), une véritable course de fond du morbide. Un maxi best of de joyeusetés agrémenté de violons larmoyants, doux son du chantage émotionnel. On est probablement un très mauvais citoyen du monde de ne pas trouver cela « déchirant », « bouleversant » ou « tourneboulant » parce qu’à plusieurs reprises le visage de Labaki apparaît, tristoune et très concerné, au côté de cette petite victime innocente d’un monde qui tourne de travers (on note que le jeune interprète mériterait son prix d’interprétation). Plein de suspense préfabriqué (Zain vendra-t-il le bébé abandonné dont il s’occupe à Aspro, un véritable vautour du bidonville ?), drapé dans ses références inattaquables au néo-réalisme et son humanisme (c’est important l’humanisme), le film calcule toutes ses émotions et tous ses messages jusqu’à l’obscénité. Et finit même, après lui avoir fait subir les pires épreuves, par demander à Zain d’arrêter de faire la gueule. N’en jetez plus.

De Nadine Labaki. Avec Zain Alrafeea, Yordanos Shiferaw. Liban. 2h. Prochainement

 

 

 

 

 

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