Cannes 2019 : YVES / Critique

23-05-2019 - 11:28 - Par

Cannes 2019 : YVES

De Benoît Forgeard. Quinzaine des Réalisateurs.

 

Synopsis officiel : Jérem s’installe chez sa mémé pour y composer son premier disque. Il y reçoit la visite de So, mystérieuse enquêtrice pour le compte de la start-up Digital Cool. Elle le persuade de prendre à l’essai un réfrigérateur intelligent, nommé Yves.

 

Il n’y a rien de plus instable que l’absurde. Regarder le monde de travers nécessite paradoxalement un art de l’équilibre périlleux. Fabricant et habitant d’un monde rigolo désuet où le rétro-futur filtre notre réalité, Benoît Forgeard tente avec YVES une parabole mi-Amblin mi-Gondry . L’idée est belle, le résultat un peu trop « fabriqué », justement. Quand Forgeard tient son écriture et ses personnages, on le suit volontiers. Aidé par le cool hilarant du toujours parfait William Lebghil, son héros loser qui rappe dans la cuisine de sa mémé est rapidement attachant. L’arrivée de Yves, frigo intelligent et sensible, enclenche un soupçon de buddy movie improbable qui file le sourire. Mais très vite, Forgeard retombe dans les travers de son univers bricolé où règne le « c’est pas drôle mais c’est drôle quand même ». De la comédie volontairement a-tempo qui préfère jouer le ratage, l’a-peu-près plutôt que d’affronter et résoudre avec sincérité les enjeux de son scénario. Multipliant les petits effets bizarres sur une intrigue déjà dure à avaler, le réalisateur finit par noyer toute sa poésie. YVES devient mécanique, programmatique, littéralement en pilote automatique avec son humour façon « moustache ironique ». Forgeard se contente plus qu’il n’invente, comme s’il était déjà émerveillé de voir des acteurs donner corps à son texte. On le sent jubiler devant son esthétique volontairement ringarde. Si certains pastiches sont réussis, c’est un peu court pour nous emporter au-delà du sourire poli. Dommage car l’idée est belle et le casting excellent (Antoine Gouy joue le frigo comme personne !). Devant YVES, on repense à la PERSONNE AUX DEUX PERSONNES, film culte de Nicolas & Bruno ou au récent DAIM de Quentin Dupieux. Deux univers très tenus qui, en ne cédant jamais à la facilité foutraque, nous emportent et nous font croire à leur monde. Là, on reste au porte d’YVES en regardant plus le film comme un objet, une proposition et un cahier des charges rétro-cool, que comme le conte de fée moderne qu’il aurait pu être. Dommage.

De Benoît Forgeard. Avec William Lebghil, Doria Tillier, Philippe Katerine. France. 1h47. Sortie le 26 juin

 

 

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