BATTLESHIP : chronique

11-04-2012 - 09:30 - Par

Prêt à regarder un gros machin pyrotechnico-guerrier filmé avec toute la distance nécessaire pour que ce soit, en plus, vraiment cool ?

Et si Peter Berg, connu pour son humour décalé (VERY BAD THINGS, BIENVENUE DANS LA JUNGLE) et sa mise en scène nerveuse (LE ROYAUME, FRIDAY NIGHT LIGHTS), avait réussi là où la majorité des faiseurs de blockbusters échouent ? Avec BATTLESHIP – récit de l’invasion de notre planète par cinq vaisseaux extraterrestres plantés dans l’océan et à laquelle des destroyers américains tentent de résister –, le réalisateur livre un film démesuré où aucun défi narratif ne résiste à la toute- puissance du SFX. Berg crée des engins qui n’existent pas, détruit tout sur mer mais aussi sur terre, dessine des populations aliens au photoréalisme bluffant et déroule une imagerie de « gaming » à mi-chemin entre « Mass Effect » et « Halo ». Dans la grande tradition des superproductions 90’s, il glisse sa caméra au beau milieu d’une réunion top secrète entre le Président et la NASA, inclut des personnages secondaires un peu geek (caution scientifique oblige) et déclare l’état d’urgence dans un bordel magistral. BATTLESHIP, c’est un soupçon du patriotisme d’ARMAGEDDON, et un spectacle de l’acabit de TRANSFORMERS, mâtiné de Roland Emmerich. Ce n’est a priori pas un compliment. Sauf que… Malin en diable, Berg a analysé toutes les faiblesses de ses prédécesseurs, histoire de donner une leçon à Michael Bay (par exemple). Il prend du temps pour expliquer la personnalité de son héros (Taylor Kitsch qui, cette fois, laisse réellement entrevoir son potentiel de star), pour dépeindre glorieusement la marine américaine… bref, pour bâtir le théâtre du chaos. Ensuite, alors que la première heure donne à voir un actioner solide, l’œil de Berg frise. Et tous les clichés attendus sont déjoués. Il multiplie les phrases cultes et les références (« J’ai un mauvais pressentiment », lance Kitsch alors que la moitié de sa flotte est déjà détruite), les ironies sur la géopolitique mondiale (les Chinois prennent un peu) et les clins d’œil explicites aux ressorts débiles des grosses productions dans un second degré salvateur. Si bien que BATTLESHIP frise parfois la parodie sans jamais y sombrer, sollicite la complicité du spectateur sans un regard caméra, se moque sans en aucun cas mépriser. Et c’est quasiment une autocritique du genre qui se dessine en creux d’un film plus basique, mais non moins éclairé, sur l’ultraterrorisme et le viol du territoire. Rajoutez à ça une grande énergie (emmenée par quelques morceaux d’AC/DC), une réalisation puissante et une fraternisation americano- japonaise sur le site de Pearl Harbor et vous comprendrez qu’en adaptant « Touché Coulé » en film, Peter Berg vient de transcender une idée à la con.

De Peter Berg. Avec Taylor Kitsch, Rihanna, Alexander Skarsgård. États-Unis. 2h10. Sortie le 11 avril





 
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