Cannes 2012 : LE GRAND SOIR / Critique

22-05-2012 - 14:00 - Par

De Benoit Delépine et Gustave Kervern. Sélection officielle, Un Certain Regard.


Synopsis : Les Bonzini tiennent le restaurant « La Pataterie » dans une zone commerciale. Leur fils ainé, Not, est le plus vieux punk à chien d’Europe. Son frère, Jean-Pierre, est vendeur dans un magasin de literie. Quand Jean-Pierre est licencié, les deux frères se retrouvent. LE GRAND SOIR, c’est l’histoire d’une famille qui décide de faire la révolution….à sa manière.

Et si on pétait tout ? La gueule des patrons, les symboles de la consommation, les gens qui déjeunent au Campanile, les pubs pour le bien-être des chats qui décorent les trottoirs et les poteaux des zones commerciales de province ? C’est l’intime conviction de Not (Benoît Poelvoorde), punk à chien, dont le frère (Albert Dupontel) – Jean-Pierre, en instance de divorce – travaille avec un esprit très corporate dans un magasin de literie et dont les parents tiennent La Pataterie, un restaurant impersonnel trônant au beau milieu des grandes enseignes. Not est le dernier résistant d’une famille, les Bonzini, qui a troqué sa liberté pour rentrer dans le rang. Mais quand Jean-Pierre, engoncé dans son petit costume, va péter les plombs et se faire licencier par son employeur, le clan Bonzini va céder à la révolution. Vont-ils ameuter les foules en colère ou déchanter ? C’est qu’ils sont très beaux à éructer des vérités de comptoir. Les deux sont même les catalyseurs de l’instinct quasi-anarchique qui bruissent en chacun de nous. Reflétant notre époque comme aucun autre film, LE GRAND SOIR, c’est l’histoire des gens en colère, soumis à la peur mais épris de la liberté fondamentale, dont le grondement pourrait faire grand bruit en cas d’ultime provocation des puissants. Mais Kervern et Delépine, porte-paroles du peuple d’en bas, ne font pas de leur film un manifeste gaucho et n’ont pas non plus pour vocation de donner des leçons. Leur but serait davantage de dresser un portrait doux-amer des ambitions et des idéaux anarcho, montrant toute la solitude dans laquelle baignent les vrais convaincus de la cause. La révolution est un art qui se perd. Et il y a une véritable mélancolie ambiante dans ce GRAND SOIR là, qui pleure sur la fin des utopies humanistes autant qu’il les réveille à grands coups de pied au cul. Vecteur de la comédie triste qu’est le film de Kervern et Delépine, Benoît Poelvoorde, qui trouve là l’un des rôles les plus bouleversants de sa carrière, avec sa crête et ses rêves ke-pon qui finissent à la poubelle (littéralement), et sa force de conviction nous ralliant instantanément à sa lutte. Et l’incroyable Brigitte Fontaine (en mère démissionnaire d’une famille complètement baisée), dont l’état lunaire n’est pas tant drôle que profondément émouvant. On en sort en déplorant la disparition des rebelles, l’embourgeoisement de la cause nihiliste, et en nourrissant une vraie pensée antisociale. Tellement facile à dire les fesses rivées sur un fauteuil de cinéma. Difficile à faire. Il faut des burnes pour préparer LE GRAND SOIR.

De Benoit Delépine et Gustave Kervern. Avec Albert Dupontel, Benoît Poelvoorde, Brigitte Fontaine. France. 1h32. Sortie le 6 juin



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