Cannes 2014 : LA CHAMBRE BLEUE / Critique

16-05-2014 - 23:27 - Par

De Mathieu Amalric. Sélection officielle, Un Certain Regard


Synopsis officiel : Un homme et une femme s’aiment en secret dans une chambre, se désirent, se veulent, se mordent même. 
Puis s’échangent quelques mots anodins après l’amour.
Du moins l’homme le croit-il…

On l’imaginait en compétition ou même à la Quinzaine, mais c’est à Un Certain Regard que Mathieu Amalric revient à Cannes après le triomphe de TOURNÉE en 2010. On pourrait s’étonner que l’acteur français, devenu star internationale, qui plus est auréolé d’un prix de la mise en scène ici-même, ait accepté de présenter LA CHAMBRE BLEUE loin des ors de la compétition. Pourtant, rarement un titre de sélection n’aura aussi bien collé à un film. LA CHAMBRE BLEUE n’a rien d’officiel, ne cherche jamais les honneurs en grandes pompes. Non, plus que tout, le film réaffirme le regard singulier d’Amalric comme réalisateur.

Du roman éponyme de Simenon, il façonne un film ramassé qui tire de sa brièveté une force d’impact impressionnante. Reprenant au romancier cette précision inégalée du fait divers, Amalric trouve dans la déconstruction chronologique de l’histoire une véritable puissance cinématographique. Sans jamais chercher l’esbroufe, il croise la lente reconstitution d’une affaire criminelle avec la décomposition d’une passion amoureuse. Cette radicalité du montage prend le temps et la forme d’une procédure judiciaire comme un pénitencier intérieur. LA CHAMBRE BLEUE est l’histoire d’un ressassement, filmé de l’extérieur, avec toute la portée insondable et mystérieuse que cet empoisonnement de l’esprit peut avoir. Plus qu’un récit amoureux ou criminel, c’est le balancement entre le banal et le tragique qui fascine le réalisateur. La reformulation progressive des événements dramatiques tient alors en haleine. Mais plus qu’un simple récit à suspense, Amalric va chercher une forme de « complicité » torve entre son « héros » malheureux et le spectateur curieux. A chaque minute de cette lente remémoration, à la fois clinique et charnelle, le film sonde avec inquiétude et fascination le lent dérapage d’une vie. La précision de la mise en scène d’Amalric crée ainsi une accumulation de petits détails qui servent aussi bien la véracité du fait divers que la beauté de la tragédie.

A l’instar de TOURNEE, LA CHAMBRE BLEUE continue donc d’explorer une forme étrange de « réalisme indécis », à mi chemin entre la froideur du réel et l’emphase de la fiction. Comme il avait su capter la magie et la mélancolie qui règnent dans les arrière-cours d’un spectacle, il filme ici le calme et la tempête qui peuvent s’abattre soudain sur les petites vies sans histoire. Creusant avec douleur la question de la culpabilité et du désir, le film laisse le spectateur exsangue, comme sonné par la simplicité et la parcimonie judicieuse d’un film qui rappelle le meilleur de la série B américaine des 40’s.

De Mathieu Amalric. Avec Mathieu Amalric, Stéphanie Cleau, Léa Drucker. France. 1h15. Sortie le 16 mai



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