Cannes 2015 : DOPE / Critique

23-05-2015 - 18:15 - Par

De Rick Famuyiwa. Quinzaine des Réalisateurs, film de clôture.

Pitch : Malcolm fait tout pour survivre dans un quartier chaud de Los Angeles, jonglant entre inscriptions et entretiens pour entrer à l’université. Une invitation à une soirée underground va l’entrainer dans une aventure qui pourrait bien le faire passer du statut de « geek » à celui de mec cool, un « dope », pour finalement être lui-même.

Malcolm (exceptionnel Shameik Moore) est un geek dans le quartier dur d’Inglewood à Los Angeles. C’est une tête et aussi un gars cool, fan de la culture des 90’s – niveau fringues et niveau musique. Il a toujours réussi à se protéger des dealers et des gangs. Mais alors qu’il bataille pour intégrer Harvard, la vie va l’amener du côté obscur et toxico d’Inglewood. Coming of age movie hyper drôle (vannes assassines, rythme endiablé, humour de situation…), DOPE est surtout un héritier du cinéma des années 90, de Tarantino aux jeunes Peter Berg ou Doug Liman : personnages frapadingues et dangereux, péripéties rocambolesques, musique indissociable de l’histoire, des gimmicks de clips, des pinaillages philosophiques et une fin en regard caméra… Il y a de la vie dans DOPE, une énergie brûlante et surtout une grande modernité. Rick Famuyiwa, réalisateur de 41 ans, a capté quelque chose de l’époque et aussi de son pays, dans la démocratisation du succès et l’image rock’n’roll de la méritocratie. On y parle bitcoin, dark web, et pourtant le film est fièrement ancré dans le bitume et dans des problématiques concrètes de la jeunesse. DOPE est gentiment schizophrène, comme Malcolm qui fera un apprentissage crucial : même si on s’y sent étranger, le lieu d’où on vient fait intrinsèquement partie de soi. Il faut toutefois avoir suffisamment de recul pour apprivoiser cet héritage. Si Malcolm redouble d’ironie face aux gangs et aux mauvais garçons de son quartier, la blague peut vite virer au drame. C’est l’intelligence du scénario : montrer, avec légèreté, que le crime est à portée de main et que la violence peut être une question de dérapage. DOPE n’est pas un film communautaire. En revanche, ce « nerds in the woods », mâtiné de SCOTT PILGRIM, parle d’une communauté noire bien plus diverse et rayonnante que le cinéma ne la montre habituellement. Il faut dire que Famuyiwa a réuni un casting de jeunes comédiens aussi talentueux que lumineux : outre Shameik Moore (en voie évidente d’explosion), on compte Keith Stanfield (STATES OF GRACE), Zoë Kravitz (MAD MAX FURY ROAD), Kiersey Clemons (TRANSPARENT), Tony Revolori (GRAND BUDAPEST HOTEL) et le fils adoptif de P.Diddy, Quincy Brown. Un casting d’une fraîcheur salutaire pour le film le plus positif et malicieux de ce festival.

De Rick Famuyiwa. Avec Shameik Moore, Tony Revolori, Kiersey Clemons, Kimberly Elise, Chanel Ima, Keith Stanfield. États-Unis. 1h45. Prochainement

4-Dope

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