LES 4 FANTASTIQUES : chronique

05-08-2015 - 10:04 - Par

LES 4 FANTASTIQUES : chronique

Affichant une narration erratique et expédiée due à de trop nombreuses et visibles coupes au montage, LES 4 FANTASTIQUES se prive du point de vue de son réalisateur – qui affleure dans quelques belles séquences.

F4-POsterLES 4 FANTASTIQUES est un cas d’école. La démonstration parfaite de la trop grande confiance que les fanboys ont en leur propre opinion d’un côté et de l’absurde légitimité dont cette opinion est entourée chez les studios américains de l’autre. Comme si, depuis l’avènement du roi Marvel, chaque comic book movie se devait de tomber dans le fan service et ne pas courroucer le public ‘cible’ – alors que le triomphe de ces blockbusters dépend désormais d’une base démographique bien plus large et diversifiée. LES 4 FANTASTIQUES est un film malade, rongé par un virus de critiques constantes hurlées sur le Net depuis trois ans par des fanboys énervés. Que certains aient vilipendé le choix d’un acteur noir, Michael B. Jordan, pour incarner La Torche, que d’autres aient critiqué la jeunesse des personnages, que d’aucuns aient craché sur le design de La Chose ou glosé sur des rumeurs de pitch trop dark, trop ceci ou pas assez cela, LES 4 FANTASTIQUES s’est fabriqué dans un état constant de défiance et d’animosité. Ce que le film paie au final cash à l’écran : il suffit de revoir le tout premier teaser pour constater que LES 4 FANTASTIQUES a subi des coupes dramatiques et drastiques – quasiment la moitié des plans dudit teaser ne se retrouvent pas dans le film fini. Comme si le studio, assiégé par l’ire geek, avait cédé à celle-ci au lieu de soutenir la vision du jeune réalisateur Josh Trank – à se demander si des propositions aussi idiosyncrasiques que les BATMAN de Tim Burton, SPIDER-MAN de Sam Raimi, X-MEN de Bryan Singer ou BATMAN BEGINS de Chris Nolan, bien que désormais révérées, pourraient voir le jour actuellement.

Car oui, même derrière le champ de bataille qu’est LES QUATRE FANTASTIQUES subsiste la vision d’un cinéaste qui souhaitait faire de ce reboot un croisement entre Spielberg et Cronenberg. Les deux meilleurs moments du film ? Des séquences qui, justement, renvoient à ses deux modèles. Ainsi, le prologue, à mi-chemin entre les productions Amblin et l’EXPLORERS de Joe Dante dégage une assurance évidente – ton, esthétique et direction d’acteurs – et livre un joli portrait de l’enfance confrontée au cynisme et au manque d’imagination de l’âge adulte. Quelques petites minutes remarquablement emballées qui auraient tout aussi bien pu en durer vingt tant Trank y déploie une vraie ambition émotionnelle. Autre belle séquence ? Quand, une fois passés par les rayons d’un monde transdimensionnel, les futurs quatre fantastiques luttent contre les transformations brutales de leur corps : filmés avec une empathie tragique, Reed Richards, Johnny Storm, Sue Storm et Ben Grimm y apparaissent comme des monstres magnifiques au potentiel d’identification sans borne. Subsistent quelques autres jolies idées thématiques : la solitude du scientifique face à son rêve – que l’Histoire risque de lui voler –, la nécessité pour la jeunesse de piétiner les erreurs de ses aînés, la fierté d’être différent… Malheureusement, tout est survolé, abordé superficiellement.

D’une durée de 97 minutes (générique compris !), LES 4 FANTASTIQUES affiche l’une des narrations les plus bancales possible : utilitaire et fonctionnelle, elle ne s’accorde aucun détour, aucune pause, élude chaque nœud dramatique, donnant lieu à des moments au mieux absurdes (l’enrôlement de Johnny ou de Ben au labo), au pire embarrassants (le temps d’écran de Dr Doom). Sans compter l’humour peu maîtrisé ou certains effets spéciaux franchement ratés. La psychologie des personnages, leurs émotions, leur progression morale, les enjeux dramaturgiques : tout est mis de côté au profit d’un récit sommaire menant sans faute d’un point A à un point B. Dépouillé de tout point de vue et sagement caché derrière sa peur de l’échec, LES 4 FANTASTIQUES n’a même pas les atours passionnants du film malade qui chute à force de trop tenter. Tronçonné à l’extrême, il n’est qu’un film lambda sans saveur ni profondeur qui, comble de l’absurde, devrait excéder les fanboys et fangirls dont l’intransigeance a engendré ce barnum.

De Josh Trank. Avec Miles Teller, Michael B. Jordan, Kate Mara, Jamie Bell, Toby Kebbell. États-Unis. 1h37. Sortie le 5 août

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