Cannes 2019 : ATLANTIQUE / Critique

16-05-2019 - 18:44 - Par

Cannes 2019 : ATLANTIQUE

De Mati Diop. Sélection officielle, Compétition.

 

Synopsis officiel : Dans une banlieue populaire de Dakar, les ouvriers du chantier d’une tour futuriste, sans salaire depuis des mois, décident de quitter le pays par l’océan pour un avenir meilleur. Parmi eux se trouve Souleiman, l’amant d’Ada, promise à un autre. Quelques jours après le départ des garçons, un incendie dévaste la fête de mariage de la jeune femme et de mystérieuses fièvres s’emparent des filles du quartier. Ada est loin de se douter que Souleiman est revenu…

ATLANTIQUE, le premier long-métrage de Mati Diop, s’ouvre sur des images quasi documentaires de chantiers pharaoniques au bord d’un océan. Les ouvriers triment pour faire sortir de terre des bâtiments, dont certains, un immense stade et une tour défiant le ciel, contrastent de manière fantasmatique avec le naturalisme de l’image. Un oxymore visuel bourré de promesses qui ne seront malheureusement pas totalement tenues. Peut-être attendions-nous trop de Mati Diop – en raison de son lien avec Claire Denis (elle était actrice dans 35 RHUMS), de ses courts-métrages et, évidemment, même si c’est sans doute injuste, de ses illustres aînés, son père musicien Wasis Diop et son oncle cinéaste Djibril Diop Mambety (le mythique TOUKI BOUKI). Mais ATLANTIQUE reste un premier long-métrage, avec ses fulgurances et ses qualités, mais aussi ses fragilités. Impossible de ne pas se sentir concerné par l’histoire que Diop met sur pied puisque le film, à travers une histoire d’amour avortée, convoque la tragique situation des migrants, de ces garçons et hommes quittant l’Afrique pour, ils l’espèrent, de meilleurs horizons en Europe, et trouvent la mort dans la mer ou l’océan. Cette actualité, toujours plus honteusement quotidienne, permet à Mati Diop de signer un film hanté, littéralement, par l’esprit des victimes de ces espoirs perdus. Si l’incursion du fantastique est géré avec brio, via une imagerie très forte, ATLANTIQUE peine à embrasser pleinement cette intention. Hormis la musique, splendide, véritable piqûre d’étrangeté, la mise en scène reste souvent un peu sage, toujours ancrée dans un naturalisme empêchant pleinement l’onirisme et le bizarre de prendre les rênes, et le spectateur d’être tout à fait saisi. Un regret d’autant plus mordant que les dix dernières minutes, elles, s’abandonnent complètement, autant à une tristesse consommée qu’à un brûlant désir d’affirmation. Une note d’intention pour la suite ?

De Mati Diop. Avec Mame Bineta Sane, Mbow, Traore. Sénégal/France/Belgique. 1h44. Prochainement

 

 

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