ANIMAL KINGDOM : chronique

27-04-2011 - 11:32 - Par

Pour son premier film, l’Australien David Michôd nous invite dans une famille de criminels en banlieue de Melbourne. Coup d’essai, coup de maître.


« Je désirais comprendre comment les gens font pour mener une existence où les enjeux sont si énormes, où faire une erreur peut vous coûter la vie ou vous conduire en prison, où tout un pan de la société se situe à la frontière de ce que nous considérons moral et correct. » Pour y parvenir, David Michôd nous projette dans la tête de Josh, fraîchement recueilli par sa grand-mère et ses oncles après l’overdose mortelle de sa mère. Plongé dans cette famille de criminels, l’adolescent est témoin, parfois acteur et souvent victime. À peine nos pieds et les siens ont-ils franchi le seuil de la maison des Cody, et c’est le quotidien de hors-la-loi qui agresse, alors que la brigade antigang n’attend qu’un faux-pas pour les coffrer. Et on regarde les bandits tomber.

Avec son image brute, naturaliste, qui permet à la lumière australienne de cramer la rétine, Michôd filme sans circonvolutions la petite criminalité aux dents longues, celle qui constitue une certaine société parallèle et qui en veut toujours plus sans avoir forcément d’autre moyen d’y parvenir que son drôle d’instinct de survie. La routine de ce clan fonctionnant en autarcie, rejetant toute sorte d’intrusion sur son territoire, utilisant autrui pour son seul intérêt, est un portrait choc de l’humanité comme royaume animal. Sa galerie de personnages est tout aussi époustouflante. Jacki Weaver (nommée aux Oscars pour son rôle) campe une sorte de Ma Dalton, dont la voix apaisante ne recèle que menaces et dont le stoïcisme devant la loi du plus fort glace littéralement le sang. Parmi ses rejetons, c’est l’aîné, Pope, digne fifils à sa môman, qui fait figure de Diable : chef de meute indétrônable et incontestable, il est le plus pervers, le prédateur qui cherche le vulnérable pour mieux l’assassiner. Quant à Josh, nouveau venu dans la famille, il est peut-être le plus faible, celui qu’on tente de protéger, mais ne serait-ce pas lui, au final, que tous sacrifieraient en cas d’attaque ? Dans ANIMAL KINGDOM, état des lieux des rapports sociaux et familiaux en temps de crise – ou comment trouver sa place dans la grande chaîne alimentaire de la vie –, il n’y a que visage insondables, double sens, et un grand sentiment de malaise devant la bestialité de l’histoire. Et c’est tout autant par le jeu subtil de ses comédiens (notamment James Frecheville, alias Josh, dont l’apathie est un puits sans fond d’interprétations) que par le brio de sa mise en scène, basée sur une exploitation exceptionnelle du hors-champ, une bande-originale parfois joliment ostentatoire et une négation du climax narratif, que Michôd parvient à livrer une fable horrifiante sur la nature humaine. Mais il nous en conte le pire par le meilleur des films possibles.


De David Michôd. Avec James Frecheville, Guy Pearce, Jacki Weaver. Australie. 1h52. Sortie le 27 avril





 
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