CLOCLO : chronique

12-03-2012 - 12:55 - Par

Un biopic trop long, trop mécanique, mais qui parvient à malicieusement éviter l’hagiographie, tout en offrant quelques exaltants moments de cinoche.

Les Américains ont RAY (Ray Charles), WALK THE LINE (Johnny Cash), I’M NOT THERE (Bob Dylan), ou THE DOORS. Les Anglais ont NOWHERE BOY (John Lennon) ou MY WEEK WITH MARILYN. Nous, on a GAINSBOURG. Cool. LA MÔME. Moins cool. Puis désormais CLOCLO. On a les biopics que notre pop culture mérite… Voir l’idole des ménagères du baby boom, l’habitué des hommages télé, l’Elvis français pour le nombre de sosies absurdes qu’il a engendrés, devenir l’objet d’un film biographique nous laissait circonspects a priori. Pourtant, il est indéniable que Claude François, idole du prolétariat (sans aucune connotation péjorative) s’affiche clairement en sujet de cinéma idéal. Si sa vie ne présente pas les mêmes enjeux dramatiques que ses homologues ricains – Cloclo ne buvait pas, ne se droguait pas –, sa personnalité plus grande que la vie, son perfectionnisme confinant à la psychose et sa success story fournissaient a priori de quoi monter un biopic aussi dense que passionnant. Pour peu qu’il évite l’hommage pompeux et lisse. De ce point de vue, Florent Emilio-Siri et son scénariste Julien Rappeneau, encouragés par les très intelligents fils de François (Claude Jr et Marc), n’y vont pas par quatre chemins. L’exigence quasi dictatoriale de Cloclo, son obsession pour la jeune gent féminine, sa jalousie maladive, ses relations adultères en cascade ou ses choix discutables – cacher son deuxième fils pour ne pas passer pour un bon père de famille, par exemple – font partie du cœur du film.

Malheureusement, tout ceci nous est conté sur un mode académique rapidement épuisant. À l’instar de la plupart des biopics visant l’exhaustivité, CLOCLO s’articule de façon extrêmement mécanique : les scènes se succèdent avec pour seul but narratif de décrire un pan de la personnalité de Claude François. Ce parti-pris de faire du film un portrait et uniquement un portrait n’est pas contestable en soi. Mais donne à CLOCLO les atours limités d’un film entièrement clos sur son héros. Le chanteur était clairement une idole de la classe populaire, et a participé à secouer un ordre moral strict (aaahhh, la France de Pompidou !) avec ses Claudettes noires, ses tubes disco avant-gardistes ou ses spectacles survitaminés et ultra sexués. Pourtant, si CLOCLO y fait référence en creux, jamais le récit ne s’attarde vraiment sur la place de Claude François dans son époque. Des thèmes qui auraient pu sacrément bousculer la narration très guindée du film. De même, quelques pans intimistes les plus passionnants de sa personnalité – comme son complexe d’infériorité – ne sont qu’effleurés, et utilisés uniquement comme vaisseaux de nouvelles scènes exposant sa carrière. Au point que le récit, qui s’attarde sur des points au final anodins – ses problèmes fiscaux par exemple – ou bégaie sur d’autres – ses manies – finit par lasser.

Ne pas croire pour autant que CLOCLO n’affiche que défauts et inconsistance. Bien au contraire. Parce que Florent Emilio-Siri est un réalisateur bien plus malin que sa carrière l’a pour le moment prouvé, il nous gratifie ici de splendides moments de cinéma. Qu’il s’agisse d’une scène de concert d’Otis Redding fantastique ; de la découverte bouleversante par François de la reprise de « Comme d’habitude » par son idole Frank Sinatra ; de son incapacité à dire le moindre mot à ce dernier lorsqu’il le croise dans un hôtel new yorkais ; d’une fabuleuse scène en plan séquence où François traque l’élue de son cœur en voiture ou d’une séquence où Cloclo investit le Royal Albert Hall de Londres, le film regorge de cinoche dans tout ce qu’il peut avoir de plus exaltant. Au point que l’on se surprend au final à ressentir une grande empathie pour ce personnage antipathique. Et ce même quand on ne porte pas sa musique dans notre cœur. Ces morceaux de bravoure assez fascinants, portés par un superbe Jérémie Rénier dont le talent n’est plus à prouver, suffisent à rehausser l’intérêt de CLOCLO, et à en faire un film convaincant, divertissant et appréciable, laissant un très agréable souvenir. Au point que plusieurs jours après la projection, on se surprend encore à fredonner les tubes du chanteur. Une séquelle qu’on a du mal à se pardonner, mais qui prouve la force certaine de ce film imparfait.

De Florent Emilio-Siri. Avec Jérémie Rénier, Benoît Magimel, Ana Girardot. France. 2h28. Sortie le 14 mars.

Note de la rédaction : 3 sur 5





 
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