HUNGER GAMES : chronique

16-03-2012 - 14:26 - Par

Les fans des bouquins de Suzanne Collins peuvent respirer : Gary Ross a fait un sacré bon boulot en signant une adaptation solide et sincère, aux choix assumés.

S’il y a une chose que les amateurs des livres « Hunger Games » ne peuvent plus encaisser, c’est qu’on les compare à ceux de la saga « Twilight », sous prétexte qu’ils partagent deux points communs : un triangle amoureux au sein du récit, et une cible prétendument adolescente. Quiconque ayant ouvert les bouquins de Suzanne Collins savent qu’ils n’ont au final rien à voir avec ceux de Stephenie Meyer, et l’adaptation cinéma signée Gary Ross va finir d’enfoncer le clou. Rappelons que HUNGER GAMES se déroule dans le futur, alors qu’une Amérique du Nord post-apocalyptique a été découpée en districts, menés d’une main tyrannique par le pouvoir du Capitole. Après une guerre civile, ce dernier a institué une punition annuelle : chaque district doit fournir un garçon et une fille pour combattre à la mort lors de jeux retransmis à la télévision. Cette année ont lieu les 74ème Hunger Games et pour le district 12, ce sont Katniss (Jennifer Lawrence) et Peeta (Josh Hutcherson) qui sont envoyés au front. La première va quelque peu faire dérailler cette belle machine…

Avec un pitch pareil, à la croisée de BATTLE ROYALE et LE PRIX DU DANGER (désolé, RUNNING MAN), on se demande comment HUNGER GAMES peut encore avoir l’air d’une bluette pour adolescents. Gary Ross tient dès les premières minutes du film à mettre les choses au clair, et prouve qu’il n’est ici en aucun cas un yes man dénué de vision. Via une réalisation nerveuse et tendue, qui tire partie d’un filmage à l’épaule particulièrement réussi, il entre de plein pied dans le récit, lui offrant une urgence immédiatement prenante et étouffante. Collé à son héroïne, il s’intéresse tout d’abord à son visage, à son regard dur, qui se balade dans un univers de désolation où la misère côtoie un nécessaire instinct de survie. On comprend dès lors mieux le choix de Jennifer Lawrence pour incarner Katniss, le premier acte d’HUNGER GAMES rappelant irrémédiablement l’ambiance redneck de WINTER’S BONE.

Alors que le cadre s’élargit, les choix de Gary Ross ne se font pas moins forts. Certes, quelques parti-pris de direction artistique (costumes, maquillages, coiffures) pour la population du Capitole rebuteront certains. Ils évitent pourtant une hypothétique kitscherie Z en s’imposant comme une vraie proposition SF – qu’elle plaise ou non–, dont la personnalité inédite invite à se plonger tête baissée dans l’univers. Surtout, par ces choix artistiques extrêmes, Ross résume parfaitement le propos de HUNGER GAMES, – écho de la lutte des classes –, en opposant malicieusement la décadence superfétatoire et chatoyante du Capitole à la décrépitude digne des districts. Dès lors, le film s’envole. Loin de céder aux sirènes du politiquement correct, HUNGER GAMES propose un spectacle frontal, où la violence n’est jamais balayée d’un revers de main. Ross parvient ainsi à regarder la mort et le sang en face, en ne les montrant que de manière fugace, mais pas moins marquante et dérangeante pour autant. Exploit suprême, là où certains auraient pu faire de HUNGER GAMES un blockbuster putassier, Gary Ross n’oublie jamais que les bouquins carburent aux personnages. Si le script déroge à la narration à la première personne des livres, les lecteurs de Collins ne perdront pas au change : la construction à multiples points de vue s’avère fluide et dynamique, la romance n’a aucun relent mièvre et distille des non-dits passionnants et ambigus, les personnages sont croqués avec soin, et campés par d’excellents acteurs n’ayant pas oublié leur talent en échange d’un gros chèque. À ce titre, Katniss, héroïne à la conscience bien trempée, qui refuse ces jeux tout en étant obligée de s’y soumettre, qui combat ses émotions tout en étant obligée de s’y abandonner, risque de s’imposer comme l’un des personnages les plus passionnants, denses et fouillés de l’année.

Impossible donc de ne pas être totalement porté, d’autant que HUNGER GAMES ne prend jamais son public pour des idiots, ou ne sacrifie la psychologie et le propos sociopolitique sur l’autel du spectacle. Si bien qu’on pardonne aisément le léger creux précédant le combat final ou la conclusion un poil trop hâtive. Car au final, HUNGER GAMES se révèle tout simplement intelligent et haletant. De manière imparable.

Note de la rédaction : 4/5

De Gary Ross. Avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson, Woody Harrelson. 2h10. Sortie le 21 mars





 
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