AVENGERS : chronique

20-04-2012 - 10:00 - Par

Il est enfin là, le film somme réunissant les héros Marvel dans un seul et même film. Un blockbuster souvent euphorisant et maîtrisé. Ce qui n’empêche pas quelques couacs…

Voilà des années qu’on en parle et après cinq films préparatoires de qualité inégale – IRON MAN, L’INCROYABLE HULK, IRON MAN 2, THOR, CAPTAIN AMERICA –, Marvel nous révèle enfin AVENGERS, réunion se voulant bigger than life de tous les héros pré-cités. Un film-somme que les amateurs de comics attendaient le couteau entre les dents, la nostalgie enfantine en bandoulière, espérant voir ici un fantasme prendre vie. À bien des égards, Joss Whedon, scénariste et réalisateur, qui cornaque ici son premier véritable gros projet, réussit son pari. Le bonhomme est un nerd assumé, ayant déclaré peaufiner cet AVENGERS dans sa tête depuis son enfance. C’est dire si la chose lui tenait à cœur, et s’il apparaissait aux yeux de certains comme l’homme de la situation. Se dégage donc d’AVENGERS une vraie volonté d’éclater la rétine du spectateur et de livrer un comic book movie ultime pouvant faire office d’étalon mètre.

On admire ici le dynamisme des scènes d’action, ou la capacité de Whedon à livrer un opus aussi décontracté que sérieux, cherchant autant la complicité avec un public acquis à la cause du film, qu’à fouiller – autant que faire se peut – la psychologie de ses personnages. Le tout saupoudré de bonnes vannes, dont Tony Stark est sans conteste le meilleur pourvoyeur. On se bidonne, on tremble, on s’émeut même, tout au long de ces 2h22. On s’amourache aussi de Hulk, personnage adoré que l’on retrouve enfin à sa juste (dé)mesure. Et on jubile lorsque Iron Man, Hulk, Thor, Captain America, Black Widow et Hawkeye se réunissent enfin, dans Manhattan, pour livrer bataille contre Loki et son armée alien, bien décidée à envahir la Terre et annihiler la race humaine. D’autant que ce morceau de bravoure de trois bons quart d’heure prouve les talents de metteur en images de Whedon, qui aligne ici quelques plans ahurissants de beauté, d’inventivité, et de dynamisme, dont un plan séquence totalement dingue, passant de héros en héros.

Sauf que si l’on ne peut enlever à AVENGERS toutes ses immenses qualités, on ne peut s’empêcher non plus de souligner quelques grosses faiblesses qui le privent d’entrer au panthéon du comic book movie, auquel siègent THE DARK KNIGHT ou SPIDER-MAN 2. Les raisons sont multiples. En premier lieu, parmi ceux ayant déboursé plus de cinquante euros pour voir en salles les cinq films solo ayant mené à AVENGERS, certains risquent de s’irriter de voir Whedon passer près d’une heure et demi à… bâtir les Avengers. Certes, il était décemment impossible d’entrer dans le vif du sujet dès les premières minutes du récit. Mais la façon dont Whedon reprend certaines bases pour définir ses personnages apparaît quelque peu poussive voire abusive, et surtout, quelque peu complaisante en termes de durée. Une partie de ce temps est certes consacré à explorer les relations entre les futurs membres des Avengers. Comme dans le comic, les différents Vengeurs se disputent, se bastonnent, avant d’unir leurs forces au nom du Bien. Mais la méthode s’avère mécanique : chaque héros se fritte avec un autre, en un ballet répétitif qui voit s’opposer Iron Man à Thor, Thor à Hulk, Captain à Thor etc. Que certains combats s’avèrent absolument démentiels (Thor contre Hulk, notamment), la répétition inlassable de cette recette pendant les deux premiers tiers finit par lasser, et révèle de sérieux écueils d’écriture.

Surtout qu’entre ces scènes d’action s’intercalent d’interminables séquences dialoguées, elles aussi allant de l’excellent au redondant, au point que certaines en deviennent inertes. On pourra arguer que Joss Whedon signe là un portage ultra fidèle à la lettre et à l’esprit du comic Marvel, faisant d’AVENGERS le premier film-comic de l’histoire. Et c’en est justement la limite : le réalisateur, livre là un point de vue de fan absolu, qui semble au final dénué de personnalité, comme s’il donnait aux lecteurs de comics ce qu’ils attendaient, sans aller au-delà du medium papier. Un film n’est pas une BD, et un véritable travail d’adaptation se doit de se départir de son matériau d’origine afin de coller à ce qu’est l’écriture filmique. Là où Tim Burton, Chris Nolan, Sam Raimi ou même Bryan Singer s’appropriaient les univers de Batman, Spider-Man et X-Men pour les faire coller à leurs thèmes fétiches et livrer un regard sur le monde – ou l’humain – via des héros connus de tous, Joss Whedon semble totalement prisonnier de ses personnages.

En dépit de ces défauts, AVENGERS n’en demeure pas moins le meilleur opus de Marvel Films, et un blockbuster absolument imparable, dont l’ampleur visuelle hallucinante mérite forcément un visionnage en salles. Immanquable et indispensable, oui. Irréprochable, non.

De Joss Whedon. Avec Robert Downey Jr, Chris Evans, Chris Hemsworth, Mark Ruffalo, Scarlett Johansson, Jeremy Renner, Samuel L. Jackson, Tom Hiddleston. Etats-Unis. 2h22. Sortie le 25 avril.

Note : 4 sur 5

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