PROMETHEUS : Chronique

29-05-2012 - 22:12 - Par

Pour son retour à la SF, Ridley Scott signe-t-il le monolithe du genre tant attendu ? Pas vraiment, ce qui n’empêche pas la chose de convaincre, en dépit de ses limites.

Tout comme pour AVATAR – teasé pendant des années comme une révolution cinématographique –, impossible de ne pas juger en partie PROMETHEUS sur comment il a été vendu – ou « dé-vendu » – par toute l’équipe, Ridley Scott et le scénariste Damon Lindelof en tête. Alors véritable et total prequel d’ALIEN ou simili prequel saupoudré de l’ADN d’ALIEN ? Si PROMETHEUS était annoncé comme un film original, se déroulant dans le monde élargi d’ALIEN, mais développant de nouveaux thèmes, un nouvel univers, et dont seulement la fin se relierait à la saga, le secret est désormais éventé : PROMETHEUS s’affirme comme un prequel intégral. Et c’est en partie ce statut qui signe la quasi totalité de ses faiblesses – parler de défauts serait exagéré. Ainsi, son récit semble calqué sur celui d’ALIEN, tout comme une partie de ses codes, de ses rebondissements ou de ses personnages archétypaux. Sauf qu’en l’absence des créatures des premiers films, PROMETHEUS semble presque être un rip-off, dont la volonté d’expliquer les origines de chaque mystère d’ALIEN apparaît lourdaude et dont les dernières minutes, enfoncent maladroitement le clou de la filiation. Là, on repère non seulement les limites de PROMETHEUS en tant qu’objet original – concession au marketing ? –, mais aussi celles du scénariste Damon Lindelof. Un bonhomme qu’on aime beaucoup à la télé, mais qui depuis LOST, aime un peu trop clamer que ses œuvres ne sont pas ce qu’elles se révèlent bel et bien être au final. Heureusement, Lindelof reste aussi fidèle à son talent, et notamment sur la caractérisation des personnages, fine et émouvante concernant ceux incarnés par Noomi Rapace et Michael Fassbender. Dommage que la plupart des autres se retrouvent sacrifiés et superficiellement abordés. Après la débâcle COWBOYS ET ENVAHISSEURS, PROMETHEUS confirme donc que Lindelof, scénariste du détour scénaristique et du vagabondage psychologique, a plus sa place sur le petit écran, dans des formats sériels amples, que sur le grand, où concision doit rimer avec rigueur et efficacité pragmatique. On se prend donc par moments à tiquer devant certains raccourcis narratifs et autres approximations comportementales. PROMETHEUS ne parvient donc jamais à devenir le grand film de SF que l’on espérait qu’il soit. Certains pourront arguer que l’on ne peut juger un long-métrage sur les attentes fondées par le public grâce à un marketing très malin. Mais la faute incombe aussi à Scott et Lindelof : on prendra ainsi pour preuve l’engagement de Guy Pearce pour incarner un vieillard. Pourquoi ne pas avoir embauché un vrai vieillard, si ce n’est afin d’user d’un visage connu, jeune et beau dans une vidéo virale certes très cool, mais inutile ? Ne faisons pas non plus l’erreur de crucifier PROMETHEUS. Car en dépit de tout ce qu’on peut lui reprocher, le film demeure un divertissement extrêmement solide, remplissant un cahier des charges certes calibré, mais accompli sans cynisme, ni condescendance à l’égard du public. Scott livre même une palanquée d’images iconiques, de scènes intrigantes ou impressionnantes, dirige des acteurs parfaits, relance avec élan une franchise enterrée depuis belle lurette (après ALIEN 3, voilà 20 ans), et signe sans doute son meilleur film depuis GLADIATOR. Il serait donc idiot de se priver d’un tel plaisir, à découvrir obligatoirement sur grand écran. Car il n’y a rien de mal à ne pas être un grand film. La prochaine fois, penser juste à ne pas trop fanfaronner en amont.

De Ridley Scott. Avec Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron, Idris Elba. Etats-Unis. 2h. Sortie le 30 mai

Note de la rédaction : 3,5 / 5





 
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