LA CHASSE : chronique

14-11-2012 - 10:31 - Par

La première collaboration entre Thomas Vinterberg et Mads Mikkelsen. Vu le brillant résultat, pourvu que ça dure…

Depuis son divorce houleux, Lucas (Mads Mikkelsen) vit seul dans une petite ville de la campagne danoise, entouré de nombreux amis avec lesquels il festoie et part à la chasse. Désormais animateur au sein d’une maternelle, il devient l’objet de l’affection de la toute petite Klara, fille d’un couple de copains. Elle finit par l’accuser d’attouchements, avec ses mots d’enfants. Elle ment, il n’a rien fait. Et il n’y a aucun faux suspense à ce sujet. C’est toute l’intelligence du film de Thomas Vinterberg : être clair (inattaquable) sur son postulat de départ. Que se passe-t-il quand la calomnie frappe un innocent ? Une démonstration comme une étude de cas : Lucas est ostracisé par la communauté, lynché, pris dans une surenchère de fausses dénonciations. On tire à vue sur lui, comme il sait si bien le faire d’habitude quand il traque le gibier en forêt. Ses amis lui tournent le dos, seule sa famille le soutient. La justice l’innocente rapidement – la machine judiciaire, toujours hors champ, ne s’emballe jamais, plus rationnelle que la vindicte populaire. Mais le doute subsiste, la diffamation grandit, la colère gronde. C’est l’honneur d’un homme, droit comme un i, qu’on bafoue. D’aucuns diraient qu’à force d’accabler son personnage, LA CHASSE est un long-métrage manipulateur. Il est en fait aussi terrifiant qu’un film d’horreur. Car grâce au style aride de Vinterberg, friand d’un réalisme quasi documentaire, on vit l’histoire de Lucas comme lui la subit : de manière ultraviolente. Comme un coup de bâton. Les mots font mal, les regards sont inquisiteurs, les actes choquent. Et seules quelques étincelles d’humour noir permettent de vaguement souffler. Il faut reconnaître une écriture parfaite et une direction d’acteurs époustouflante. Ainsi, Mads Mikkelsen (meilleur dans le cinéma danois qu’à Hollywood) n’a pas usurpé son prix d’interprétation au dernier Festival de Cannes. Dans la peau d’un type seul contre tous, il est servi par une poignée de scènes dévastatrices, à la portée bouleversante (le jugement de Dieu face au jugement humain etc.). Avec son atmosphère brumeuse et sa narration des plus classiques, LA CHASSE n’est pas une œuvre séduisante. Mais, sous sa simplicité exemplaire, c’est un film fort, complexe, peut-être même pessimiste, qui met le doigt sur un côté particulièrement obscur de la nature humaine…

De Thomas Vinterberg. Avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Alexandra Rapaport. Danemark. 1h55. Sortie le 14 novembre

 






 
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