Cannes 2017 : LES FANTÔMES D’ISMAËL / Critique

17-05-2017 - 09:12 - Par

Cannes 2017 : LES FANTÔMES D’ISMAËL

D’Arnaud Desplechin. Sélection officielle, hors compétition, ouverture.

Synopsis officiel : A la veille du tournage de son nouveau film, la vie d’un cinéaste est chamboulée par la réapparition d’un amour disparu…

Les films d’Arnaud Desplechin n’ont maintenant quasiment plus de début, ni de fin. On y entre par effraction, d’un coup, alors que tout est déjà commencé. On en sort sur la pointe des pieds pour ne pas déranger. L’impression persistante que ce qui se joue à l’écran n’est qu’un morceau d’un tout plus grand, que tout fonctionne par réminiscence de l’avant et suggestion de l’après. On est à la fois en terrain conquis et pourtant mal à l’aise. Un homme fantasque pris entre deux femmes, un fonctionnaire mystérieux qui joue les espions, une maison pleine de souvenirs, un père désolé, un tournage chaotique : on a déjà vu tout cela chez Desplechin. Si TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE jouait la carte amusée du vrai/faux prequel, LES FANTÔMES D’ISMAËL tient plutôt de l’opus magnum pyromane. Une façon pour Desplechin d’aborder tous les thèmes de son cinéma sans précaution ni fard, de littéralement s’épuiser à la tâche dans un film multiple, qui juxtapose les intrigues et les thèmes comme une façon de solder les comptes. Ismaël Vuillard, l’un des doubles fictifs du cinéaste (Mathieu Amalric, plus que jamais l’alter ego du cinéaste) déjà croisé dans ROIS ET REINES, réalise un film sur son frère Ivan (étonnant Louis Garrel) qu’il soupçonne d’être un espion. Il aime Sylvia (merveilleuse Charlotte Gainsbourg qui fait une entrée parfaite chez Desplechin) mais reste hanté par la disparition inexpliquée 20 ans plus tôt de son épouse Carlotta (Marion Cotillard). Son retour soudain fait tout exploser. À partir de ce triangle amoureux, le cinéaste construit une sorte de récit thérapeutique, une auto-analyse qui confronte la réalité et la fiction, les fantasmes et les fantômes, les femmes aimées, manquées ou disparues, le désir et ses regrets. On a toujours aimé ce foisonnement romanesque et ce goût pour les personnages et les histoires plus grands que la vie. Ici, pourtant, Desplechin grippe volontairement cette belle machine et joue des ruptures de ton, des superpositions de récits avec une raideur étonnante. LES FANTÔMES D’ISMAËL est un puzzle à l’envers. Chaque pièce, chaque élément du film est un moment surprenant, émouvant de cinéma. Mais emboîté avec le reste, il s’affadit. Pourtant, quelque chose passe de fugace. Une mélancolie, une folie, une tristesse, un apaisement qui se tient au-delà de l’intrigue elle-même. LES FANTÔMES D’ISMAËL est un film de pardon, un examen de conscience entre Desplechin et lui-même, un maelstrom intimidant et passionnant qui prend la forme d’une fiction peut-être trop intime et personnelle pour ne pas égarer. Reste la sensation d’être face à un vrai et bel objet de cinéma.

D’Arnaud Desplechin. Avec Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard. France. 1h54. Sortie le 17 mai

 

 

 

 

 

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