Cannes 2017 : L’AMANT DOUBLE / Critique

26-05-2017 - 10:38 - Par

Cannes 2017 : L’AMANT DOUBLE

De François Ozon. Sélection officielle, compétition.

Synopsis officiel : Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

[Critique volontairement sans spoiler ni éléments de l’intrigue]

Mais qu’est-il arrivé à François Ozon ? Cinéaste prolifique, provocateur élégant, le chef de file du renouveau du cinéma français des années 2000 semble avec cet AMANT DOUBLE toucher aux limites de son cinéma. Comme si la provoc singulière, l’audace rafraîchissante de SITCOM, HUIT FEMMES ou UNE NOUVELLE AMIE s’étaient figées dans le trash académique. Mais prenons tout d’abord les précautions nécessaires : indéniablement, Ozon est et reste un vrai metteur en scène. Son cinéma, travaillé, regorge d’idées et d’ambitions. Mais quand elles sont, comme ici, mal placées, mal digérées, tout s’écroule. Libre adaptation d’un roman de Joyce Carol Oates, L’AMANT DOUBLE possède sur le papier tout pour nous plaire. Un thriller psychologique tordu, une héroïne qui perd les pédales, un homme inquiétant, la schizophrénie qui plane sur tout ça… À table ! Hélas, le repas s’avère maigre et pourtant bien lourd. Sur-symbolique, le film s’épuise dans un bad trip sexo-chic complètement stérile mais surtout affreusement éculé. Amalgame hasardeux du cinéma névrosé de Polanski, du voyeurisme tordu à De Palma et du freak show à la Cronenberg, L’AMANT DOUBLE est un ersatz de cinéma 80’s corseté par le sur-moi auteur des années 2000. C’est-à-dire, dans les faits, un film fou qui se regarde l’être, toujours plus théorique que dynamique et incarné. Ainsi, Ozon déroule son petit programme supposément pervers et éloquent sans jamais réussir à faire décoller ses idées et son mauvais goût salutaire vers autre chose qu’un dispositif intellectuel. Le plan intra-vaginal qui ouvre le film a de quoi surprendre. On sourit, on s’installe pour le roller-coaster. Mais dans la seconde, Ozon s’embourbe dans une métaphore éculée, une symbolique ringarde qui voit le vagin se transformer en œil de l’héroïne – clin d’œil lourdingue à l’Histoire de l’œil de George Bataille, ouvrage essentiel sur l’érotisme. Et tout le film fonctionne ainsi, dans un va-et-vient pénible entre un premier degré faussement provoc (mais plutôt rigolo) et une sur-intellectualisation qui ruine tout le plaisir. Film d’hystérique, L’AMANT DOUBLE devient alors un film frigide qui n’arrive jamais à jouir et à faire jouir son public de sa supposée démesure. Il a beau multiplier les effets et bousculer les tabou, on reste impassible devant un film dénué d’intensité qui ressemble au final bien plus à 50 NUANCES DE GREY qu’à BODY DOUBLE. Là où De Palma embrasse le mauvais goût, le nourrit de ses obsessions et de son romantisme, Ozon fait un film cerveau où la démesure n’est qu’un signe clinique, une métaphore à décoder. Désincarné, le film suit laborieusement son cahier des charges, accumule les poncifs sur la représentation fantasmée de la sexualité féminine et s’étiole dans un climax qui tombe à plat. Surtout, et c’est peut-être le plus désagréable, le film ne va nulle part, se contentant d’emballer son petit mystère dans une résolution très attendue qui finit d’éteindre le feu qui aurait pu jaillir. Dommage car le trouble qui se niche au cœur de cette histoire de dualité, ajouté à la performance plutôt amusante de Jérémie Rénier, aurait pu donner, avec un peu plus de lâcher-prise et d’inventions, un thriller plus secouant et attachant que cette pâle copie d’élève trop sage.

De François Ozon. Avec Jérémie Renier, Marine Vacth, Jacqueline Bisset. France. 1h47. Sortie le 26 mai

 

 

 

 

 

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