Cannes 2017 : TESNOTA / Critique

24-05-2017 - 22:16 - Par

Cannes 2017 : TESNOTA

De Kantemir Balagov. Sélection officielle, Un Certain Regard.

Synopsis officiel : 1998, Nalchik, Nord Caucase, Russie. Ilana, 24 ans, travaille dans le garage de son père pour l’aider à joindre les deux bouts. Un soir, la famille et les amis se réunissent pour célébrer les fiançailles de son jeune frère David. Dans la nuit, David et sa fiancée sont kidnappés et une rançon réclamée. Au sein de cette communauté juive repliée sur elle-même, appeler la police est exclu. Comment faire pour réunir la somme nécessaire et sauver David ?  Ilana et ses parents, chacun à leur façon, iront au bout de leur choix, au risque de bouleverser l’équilibre familial.

Qu’un film dont le financement doit beaucoup à la Fondation Sokourov soit âpre et exigeant n’étonnera personne. Pourtant, il serait réducteur de voir le premier film de Kantemir Balagov par le seul prisme de son prestigieux mentor. Car, pour ses débuts, le jeune cinéaste russe d’origine kabarde affirme déjà des intentions et des ambitions solides. Tout d’abord, avec une idée simple mais étrange : après quelques minutes de film, des sous-titres apparaissent, sans toutefois qu’ils correspondent au moindre dialogue. En off et en mots, Balagov se présente et explique que ce que nous allons voir est inspiré de faits réels. Il reprendra la « parole » en toute fin, pour conclure. Une manière pour le cinéaste d’apporter sa « touche personnelle », explique-t-il. Cette patte, qu’il essaie d’imposer – et y parvient souvent –, transparaît surtout dans sa mise en scène, sans fioritures mais pourtant traversée de quelques beaux moments de symbolisme cru, et portée par un indéniable sens du cadre. Peut-être que le format 1:33, illustration du poids étouffant qui écrase Ilana, semblera didactique, mais son impact claustro sur le récit ne fait aucun doute. Formaliste discret, Balagov s’amuse avec quelques belles juxtapositions (un nuage de condensation / une fumée de cigarettes), mais reste bien en contrôle de ses effets. Sauf quand, pour donner du corps à son propos sur les relations entre communautés kabarde et juive, il capture avec complaisance, pour les imposer en gros plan, des images – réelles – insoutenables de décapitation, de torture, de supplications. Une surenchère qui caractérise une narration parfois trop peu directe, trop fuyante et errante. Trop long, balbutiant dans son déroulé, le récit ne parvient pas à donner de la chair à son propos politique, qu’il circonscrit à une poignée de scènes, comme s’il ne servait qu’à déclencher et éclairer les enjeux, sans réellement le nourrir à l’écran et l’infuser réellement dans la dramaturgie. Un déséquilibre qui n’empêche toutefois pas l’intrigue familiale de capter l’attention, notamment grâce à la prestation fragile et furieuse, toute en nuances de gris, de la surprenante Daria Jovner. De quoi permettre à Balagov d’avoir toute notre attention pour la suite.

De Kantemir Balagov. 1h58. Prochainement

 

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